Les neuro-jeux vidéo

Vous avez déjà entendu cette cassette : un jeune homme visiblement perturbé fusille un peu gratuitement un lieu public bondé d’innocents de tous les jours. Des folliculaires (aux États-Unis, la plupart du temps) pointent du doigt la violence des jeux vidéo, parce que le tireur aurait joué à un moment de sa vie à Call of Duty ou un autre titre similaire.

Puis le débat s’élargit, duquel sortent des impressions voulant que les jeux vidéo soient mauvais par nature et trop violents pour la naïveté des êtres humains. Il faut les contrôler, voire les bannir.

Mais comme nous sommes maintenant en 2014, on saisit de mieux en mieux les bienfaits leur étant associés. En fait, ils ont à l’origine été développés entre autres par l’armée américaine pour des fins de simulation, mais possiblement aussi pour exercer les réflexes et la dextérité de ses soldats. Bien sûr, tout est question de dosage et tous les jeux peuvent différer l’un de l’autre aux plans de leurs bénéfices ou côtés pervers.

Et s’ils pouvaient offrir des bienfaits neurologiques ou thérapeutiques? C’est du moins un potentiel que tentent de développer et exploiter des chercheurs en médecine de l’Université de Californie à San Fransisco.

Les chercheurs s’intéressent aux caractéristiques des jeux vidéo qui nous rendent tous accros, voire cinglés, comme Flappy Bird et Candy Crush en vue de proposer des formules de jeux desquels les joueurs en tireraient des bienfaits. C’est en observant l’activité du cerveau en train de jouer avec des scanners que les chercheurs étudient la chose. Ils sont en mesure de détecter les zones cérébrales plus faibles selon la situation de jeu pour éventuellement proposer des jeux qui les exerceraient davantage.

Ces derniers suggèrent que l’on pourrait très bien prescrire d’ici quelques années à peine des jeux vidéo précis pour des cas de dépression ou de trouble de l’attention avec hyperactivité. Ou simplement pour améliorer notre mémoire, nos capacités cognitives et les connexions de notre cerveau.

Qu’un dosage modéré de jeux vidéo développe des aptitudes particulières ou présente d’autres bienfaits en général n’était pas un secret jusqu’ici parmi les experts. Par exemple, on sait depuis quelques années que les amateurs de jeux de tirs à la première personne ont des réflexes et une dextérité plus aiguisée, une meilleure attention visuelle et une précision bonifiée.

La différence est que ces jeux commerciaux n’ont pas été conçus en ayant cela en tête. C’est là la valeur disruptive des recherches de nos chercheurs de San Fransisco : designer neurologiquement des jeux de sorte à ce qu’ils puissent être thérapeutiques ou comportent des bienfaits cognitifs. En d’autres mots, on recommanderait un jeu en fonction de ses besoins neurologiques ou mentaux. Si on pousse à l’extrême, on les trouverait peut-être dans des pharmacies, mais il serait du moins bien possible qu’on en retrouve dans les hôpitaux.

Pour ma part, j’ai vraiment très hâte d’observer la réaction des gens lorsque cette idée atteindra la masse. Des docteurs ou pharmaciens qui recommandent un jeu en particulier pour aider un patient, j’ai l’impression qu’énormément de gens trouveront cela absurde. On trouverait ensuite ces experts de la santé peu crédibles par la suite. Il faudra simplement faire comprendre à plusieurs qu’une dose très raisonnable de ces jeux, même si on n’est pas atteint de quoi que ce soit, n’est pas mauvaise en soi et permet même à ses amateurs de développer des aptitudes que d’autres ne trouveront pas dans les livres ou le cinéma.

L’article:

http://bits.blogs.nytimes.com/2014/02/16/disruptions-using-addictive-games-to-build-better-brains/?ref=technology

Plus généralement sur les bienfaits des jeux vidéo (je suis du genre à toujours demeurer critique sur ces images informatives qui sont massivement partagées sans vérification sur les réseaux sociaux, mais dans ce cas-ci ce sont des informations que j’avais déjà retrouvées ailleurs au sein de sources plus officielles):

Videogames... and their advantages.  Via 9Gag.

3 thoughts on “Les neuro-jeux vidéo”

  1. Un design “neurologique” des jeux vidéos n”est pas dénué d’intérêt. Lumocity est un jeu qui depuis quelques années dit aussi favoriser “l’exercice du cerveau”.

    Le jeu “neuroRacer” semble avoir été développé l’an passé par les chercheurs dont vous citez la recherche. Pourquoi pensez-vous que c’est maintenant qu’il faut en parler? Les autres recherches semblent aussi dater de quelques années. L’article de Nick Bilton est bien sorti en février 2014 dans le New York Times dans la section Disruptive, mais je ne suis pas sûr d’avoir bien saisi la récence de la nouvelle.

    Selon vous quels aspects de la recherche que vous citez sont les plus innovateurs ou nouveaux? La découverte que les jeux stimulent le cerveau? Ont-ils développé un algorithme? Serait-ce que la possibilité de se faire “prescrire” un jeu vidéo par un docteur soit quelque chose enfin de possible.

    Pouvez-vous apporter un peu d’éclairage supplémentaire?

    1. http://evetslefurac.wordpress.com/2014/03/21/reponse-au-commentaire-de-m-lessard/

      Les bienfaits d’une dose raisonnable de jeux vidéo sont effectivement connus depuis quelques années. La découverte que les jeux stimulent le cerveau ne constitue certainement pas plus une récence. Mais nous en sommes maintenant plus loin. Je remarque que dans mon billet j’ai omis de mentionner un aspect de recherche des chercheurs, soit de savoir ce qui fait qu’on est accro à un jeu précis. Ma lecture de cette ambition (et qui constitue une récence) est qu’on tente de trouver qu’est-ce qui fait qu’on puisse devenir cinglé auprès d’un jeu tout en y restant accroché de sorte à combiner et intégrer ces caractéristiques dans d’éventuels jeux expressément conçus pour des fins thérapeutiques/médicaux mais aussi de développement cognitifs (ce dernier aspect, seul, ne constitue toutefois pas une nouvelle de 2014)

      Plus encore, c’est aussi le fait qu’on affirme publiquement et de manière tranchée que des jeux vidéo pourraient être prescrits pour soigner quelque chose dans votre enfant ou vous-mêmes. Il est probable que plusieurs médecins ou chercheurs l’aient toujours un peu pensé, mais il faut de l’audace pour l’annoncer. Je ne suis pas sûr que cette affirmation aurait été perçue comme crédible dans les années 1990, lorsque les jeux vidéo (pour m’y être baigné précisément à cette époque) étaient vus essentiellement comme une perte de temps et une mauvaise influence. Par ailleurs, les jeux vidéo dignes des téléphones intelligents plus légers mais plus répandus et à la mode (Candy Crush, Flappy Bird, etc.) sont plus récents en tant que phénomène (bien qu’ils s’inspirent de ceux très basiques et rétro) et ont aussi la caractéristique de rendre plus accro un public cible plus large qu’auparavant, ce qui a très certainement dû inspirer nos chercheurs ici.

      C’est sans compter ici que ces jeux-médicaments pourraient aussi être disponibles d’eux-mêmes sur la toile, sans nécessairement avoir à passer par un médecin. Il va de soi que dans un consulter un est toujours préférable mais n’importe quoi se retrouve plus ou moins facilement sur le Web et donc les gens par simple recherche Google réussiront à s’informer eux-mêmes du type de jeu idéal et le trouver en ligne.

      Je ne pense pas comprendre la question quant au développement d’un algorithme? Par rapport à quoi donc?

      Merci pour le lien pour le Lumosity, je ne connaissais pas!

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