Selon le World Happiness Report, la richesse trouvée dans un État n'explique pas à elle seule la joie de vivre.

World Happiness Report: 5 indicateurs autres que le PIB qui expliquent la qualité de vie.

La richesse est un solide atout pour vivre décemment, mais il n’explique vraiment pas tout. D’autres facteurs importants, plus sociaux, prédisent des satisfactions de vie plus élevées. En effet, les chercheurs du World Happiness Report (WHR), dans leur plus récente mise à jour, avancent que le bonheur et le bien-être des citoyens d’un pays constituent un prédicateur plus englobant, plus prononcé et donc plus pertinent du progrès social, de la qualité de vie et du bien-être humain du pays en question que d’autres indicateurs plus couramment utilisés, surtout économiques (comme le PIB, le taux de pauvreté, les inégalités de revenu, etc.). Cette joie de vivre et ce bien-être subjectif devraient être davantage l’objectif des politiques publiques, clament les auteurs.

De kessé? Le World Happiness Report est une publication du Sustainable Development Solutions Network (de l’ONU) qui depuis 2012 mesure le bien-être subjectif dans le monde au sein des populations d’un maximum de pays, de sorte à en dresser des portraits nationaux, régionaux puis mondial mais aussi temporels. On mesure la gaieté générale1 d’une population en sondant ses individus sur leur propre évaluation de leur bien-être individuel ou situation personnelle, sur une échelle de 0 à 10 (0 représentant la pire situation possible; 10, la meilleure).

On peut ainsi comparer cet indice à plusieurs autres indicateurs sociaux, politiques et économiques afin d’expliquer ce qui aide les individus d’une population à percevoir sa situation de vie personnelle comme positive. Le but derrière tout ça est de démontrer que les simples indicateurs économiques, notamment l’état de l’économie, le PIB ou le revenu par habitant n’apportent pas du tout à eux seuls un réel éclairage sur la qualité de vie d’une population. Ils y contribuent certainement, mais l’intégration d’autres facteurs permet un tout plus englobant qui explique et prédit mieux les différences de bien-être d’un pays à l’autre.

Dans le cadre de cette étude, ces six facteurs expliquent en différentes proportions (de la moitié aux trois quarts) les variations du bien-être subjectif: le PIB par habitant, le support social, l’espérance de vie en santé à la naissance, la liberté de faire des choix2, la générosité et la corruption perçue.

Une analyse régressive de ses facteurs avec le bonheur personnel auto-évalué des répondants (tableau ci-dessous) démontre que le PIB par habitant contribue bel et bien au bien-être subjectif des populations, toutefois aux côtés d’autres facteurs y contribuant eux aussi de manière comparable, les deux autres plus importants étant le support social (le support qu’une personne peut trouver d’un proche ou d’autre chose lorsque dans une situation de vie problématique) et l’espérance de vie en santé à la naissance. On remarque aussi que, lorsque la population perçoit de la corruption au sein de son gouvernement et/ou des entreprises, cela a un certain impact négatif sur le bien-être subjectif moyen cette population.

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Il est intéressant aussi de constater que l’affect positif (le fait d’avoir ri, ressenti de la joie ou eu du plaisir aujourd’hui) a un impact très favorable sur l’évaluation de sa situation de vie sans que l’inverse ne soit vrai. En effet, on n’observe pas de telle relation négative avec l’affect négatif. Autrement dit, et comme le soulignent les auteurs, la présence d’émotions positives dans sa journée a beaucoup plus d’effet sur la satisfaction de vie que l’absence d’émotions négatives. Il ne suffit pas que rien de désagréable n’arrive: il faut ressentir de l’affect positif.

Quel est le but de tout ça? D’une part, il s’agit de démontrer qu’en politiques publiques, les décideurs doivent penser à autre chose que des solutions économiques ou monétaires mobilisant des ressources toujours limitées – et donc d’arrêter de justifier un manque de ressources ou de marge de manœuvre à un manque d’action sur une problématique donnée. Le support social surtout, mais aussi la corruption perçue, le sentiment de liberté personnelle de même que l’opportunité d’être généreux sont toutes des choses qui se travaillent autrement que simplement en débloquant des fonds – bien que cela facilite toujours les choses. C’est toutefois aussi le contexte de l’austérité et/ou de fonds publics insuffisants qui font parler les chercheurs en ce sens.

D’autre part, hé bien… n’est-ce pas souhaitable d’observer des satisfactions de vie personnelles plus importantes au sein de sa population? Et ce qu’il y a de bien avec le bonheur, c’est qu’en principe une personne qui tout d’un coup en obtient plus ne l’a pas nécessairement enlevé à quelqu’un, contrairement à l’argent. Ce qui nous ramène au sujet des inégalités.

Parce que oui, les auteurs, en plus de mesurer longuement le bonheur des populations, mesurent aussi dès lors l’inégalité du bonheur, tout comme on le fait avec le revenu. Après tout, s’ils sont seulement quelques uns à être souvent de bonne humeur, on peut soupçonner une distribution inadéquate de la qualité de vie (souvent, mais pas exclusivement, liée aux inégalités de revenu). Et si l’inégalité du revenu est un meilleur indicateur de la qualité de vie que le simple PIB, on peut supposer aussi que l’inégalité du sentiment de qualité de vie en est un meilleur que la simple moyenne du bonheur affirmé, et donc aussi des six facteurs abordés plus haut pris séparément.

Et comment mesure-t-on cela, “l’inégalité du bonheur”? Rien de sorcier, il s’agit de calculer l’écart-type du bonheur subjectif de l’échantillon, qui nous dit à quel point toutes les réponses tournent autour de la moyenne de celles-ci ou non. Si presque tout le monde répond 2, 6 ou 9 sur l’échelle de 0 à 10, l’écart-type est faible et donc tout le monde est similairement heureux (ou malheureux). Si la plupart des répondants ont répondu bien autre chose que la moyenne des réponses, l’écart-type est élevé et il y a inégalité du bien-être. En voici l’illustration ci-bas, qui démontre que l’Amérique latine et centrale et l’Afrique du Nord et le Moyen Orient sont les deux régions du monde à présenter une inégalité du bien-être plus particulièrement élevée.

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En ce qui concerne le portrait par pays (que vous pouvez voir par vous-mêmes ici), on constate malheureusement que ceux ayant connu une augmentation de cet inégalité du bien-être de 2005 à 2015 sont six fois plus nombreux que ceux qui ont vu cette inégalité diminuer. Cette augmentation demeure toutefois assez modeste, située à 5% pour le globe entier. Les deux seules régions n’ayant pas connu d’augmentation de cette inégalité sont l’Europe centrale et de l’est et l’Amérique latine et centrale, qui elle, souvenez-vous, est déjà dans les plus élevées.

Pour mieux comprendre encore, on peut se comparer nous-mêmes aux autres pays qui nous ressemblent plus. Dans un classement de 157 pays, où le premier rang est réservé à l’État présentant le moins d’inégalités du bonheur, nos voisins étatsuniens ne se placent qu’au 85e rang! Le Canada, la France et le Royaume-Uni se situent respectivement aux 29e, 38e et 46e rang. Et, évidemment, ce sont les Danemark et Islande de ce monde qui se retrouvent dans les premières positions. Du coup, on voit aussi que l’inégalité de revenu demeure assez près dans les facteurs explicatifs, mais aux côtés d’autres facteurs. Mais le nouvel élément à retenir est que l’inégalité du bonheur prédit généralement un bonheur moyen plus faible.

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