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Le Code Québec: observons-nous en quelques chiffres

Le Code Québec de Jean-Marc Léger, Jacques Nantel et Piere Duhamel est une mise à jour empirique sur les Québécois qui est la bienvenue. Le livre intéressera autant les communicateurs, les marketeurs, les chercheurs en sciences sociales et les partis politiques que le lecteur grand public qui s’intéresse moindrement à sa province. En fait, ce dernier comprendra mieux beaucoup de choses qu’il a pu vivre ou observer lui-même.

Le tout est bien vulgarisé et, bien qu’on nous balance beaucoup de chiffres, leur signification est bien facile à saisir pour la plupart. On se réfère souvent aux particularités de notre histoire collective pour expliquer nos traits d’aujourd’hui.

On nous a beaucoup parlé de cet ouvrage en tant qu’une analyse de 30 ans de données d’observation. Pour être plus exact, pour l’exercice de ce livre, il s’agit plutôt de trois coups de sonde dont l’exécution et l’analyse se sont étalées sur les trois dernières années. Les 27 autres années restantes sont plutôt celles de toute la (vaste) revue de littérature et de données secondaires ayant par la suite guidé les chercheurs dans leur grand sondage plus récent.

Il va sans dire aussi que M. Léger et son équipe ont pu observé une infinité de choses par eux-mêmes sur les québécois depuis la naissance de la firme Léger. On sent aussi que certaines de leurs observations s’appuient implicitement sur plusieurs études privées menées au fil des ans.

Enfin, les auteurs ont interrogé plusieurs leaders ayant œuvré autant ici qu’ailleurs, notamment des politiciens, des chefs d’entreprise, des hommes d’affaires et des personnes engagées dans les causes sociales.

Le grand sondage a questionné quelque 5 000 Québécois et Canadiens sur un éventail de questions traitant de leurs valeurs, attitudes et comportements avoués vis-à-vis plusieurs énoncés plus ou moins précis. Les 7 traits distinctifs des Québécois sont aussi basés sur une analyse sémiométrique mesurant l’appréciation et la charge émotive associées à chacun des 115 mots retenus. Ça peut sembler anodin, mais les termes précis associés à la joie de vivre, par exemple, sont plus positivement perçus au Québec qu’ailleurs dans le pays, là où on leur a plutôt préféré les mots relatifs au travail, à la famille et aux enfants.

Les 7 traits distinctifs des Québécois selon le Code Québec

Les 7 traits distinctifs des Québécois selon le Code Québec

Les sept traits apportent des éclairages intéressants sur le comportements des Québécois. Par contre, pour certains, on aurait vraiment aimé plus de chiffres à l’appui. Voyons-les tous brièvement.

Heureux et Villageois

Ce trait est probablement le plus appuyé de l’ouvrage ici, mais il n’est pas le surprenant. En effet, tout indique que plusieurs Québécois se sentent plus heureux que le reste du pays, et ce, dans un contexte d’une intervention étatique plus importante et malgré plus de taxation et d’endettement. C’est que nous sommes une société plus égalitaire, et à ce titre nous ressemblons beaucoup aux pays du Nord de l’Europe qui figurent aussi justement au top des populations les plus heureuses, selon le World Happiness Report.

Mais il y a plus. La démographie pourrait aussi être un facteur. La littérature démontre que les régions métropolitaines de recensement (RMR) moins populeuses sont souvent plus heureuses. Le Québec a une population particulièrement dispersée: on lui compte 1110 municipalités; l’Ontario, 444. Cette dernière a pourtant presque le double de notre population. Au niveau canadien, Saguenay et Trois-Rivières ont les populations les plus satisfaites à l’égard de la vie. En fait, toutes les RMR du Québec figurent dans la première moitié du classement.

Nous disons bien plus être attirés par la campagne, nos nouvelles laissent beaucoup plus de place au local, aux sports et aux fait divers, nos publicités les plus efficaces sont produites ici, par les gens d’ici et pour les gens d’ici (la simple adaptation de l’étranger passe mal). Ce qui nous fait rire ne le fait pas nécessairement à Toronto et vice versa.

Il y a plus encore. Nous aimons aussi beaucoup la chanson, nos personnalités, nos grandes émissions de télévision qui sont écoutées par une plus large proportion de la population qu’ailleurs au pays. Le ROC n’a pas son Tout le monde en parle, son équivalent de La Voix n’attire pas du tout la même proportion de téléspectateurs et consomment, en fait, peu de productions canadiennes originales. Nous avons notre star système, les humoristes d’ici ont la cote et nous essaimons les festivals mieux que n’importe qui au pays. N’avez-vous pas remarqué qu’au Québec, toutes les excuses sont bonnes pour en créer un? Jazz, humour, chanson, cochon, poutine, western, lumières en hiver, igloos, cinéma de ci, cinéma de ça, etc. On tarde peut-être à le constater, mais peu de régions nord-américaines y arrivent avec autant d’aisance.

C’est sans compter notre intérêt hallucinant pour le CH. En 2013, selon Influence Communication, citée dans l’ouvrage, près de 80% de toute la couverture médiatique sports était celle de nos Habs.

Autant on vote beaucoup “en bloc” au Québec, autant nous nous précipitons fréquemment sur quelques et mêmes choses en grande proportion. La tendance est que nous partageons collectivement plus les mêmes passions et intérêts qu’ailleurs au pays, là où tout est un peu plus dispersé. C’est notre “effet de gang”.

Consensuel et toujours Villageois

Le Québec manifeste une culture plus consensuelle, vraisemblablement héritée de celle des Premières Nations. On l’observe au travers de plusieurs entreprises reposant sur un modèle de coopérative et de la recherche du consensus entre les membres et la direction. Desjardins est probablement l’exemple le plus notoire, mais on pense aussi aux regroupements volontaires de marchands qu’on trouve chez IGA, Coop fédérée, Proxim, Jean Coutu, Familiprix, Uniprix et, jusqu’à dernièrement, RONA. Au point que cela puisse nuire, sinon ralentir le développement à l’étranger, selon certains leaders interrogés. La consultation est simplement plus coutume ici.

C’est peut-être le fait que notre population modeste ait plus souvent qu’autrement été, depuis la Conquête, décidément dominée par de grandes forces politiques, religieuses puis commerciales. Pendant près de 200 ans, les Canadiens-français n’étaient pour l’essentiel que de de simples serviteurs, travailleurs qui ne possèdent pas ce qu’ils produisent et ne participent pas non plus à la gestion de toute activité économique. Tous les habitants étaient du même niveau et se concertaient.

C’est un peu aussi le fait que, aujourd’hui, nous demeurons une population pas si nombreuse. Pas mal tout le monde d’un même secteur se connaît, surtout pour ceux qui occupent des postes importants. On a plus intérêt à travailler à s’entendre, parce que les chances de se recroiser sont grandes.

Les Québécois sont particulièrement consensuels sur leurs comportements électoraux au niveau fédéral. On constatait déjà le phénomène depuis un bon moment en science politique, mais nous votons beaucoup “en bloc”, c’est-à-dire en masse vers un même parti politique. Avant le Bloc Québécois, le Québec déterminait beaucoup plus quel parti politique allait gouverner que l’Ontario. Nous sommes passés, toujours en masse, des libéraux de Trudeau père aux conservateurs de Mulroney aux bloquistes de Bouchard et Duceppe aux Libéraux de Chrétien aux néodémocrates de Layton aux libéraux de Trudeau fils. « Nous voulons parler d’une seule voix pour nous faire entendre. Nous avons peur de la division », soutient justement l’historien Éric Bédard.

Et, évidemment, combien de fois avons-nous entendu que les Québécois “n’aiment pas la chicane”, même s’il ne s’agit que de débattre sur quelque chose? Sur ce point, la preuve présentée par les auteurs est beaucoup moins convaincante car elle s’appuie essentiellement sur les données très qualitatives que sont les perceptions de quelques personnes interrogées. Ils sont tout de même plusieurs à observer le phénomène mais diffèrent dans leurs explications. Gilles Parent, entre autres, qui croit que c’est parce que nous manquons de vocabulaire (plus qu’ailleurs?) qu’on ne peut débattre décemment. C’était probablement vrai en 1802 et assez longtemps après, remarquez.

Les 7 grandes communautés derrière le Code Québec

Les auteurs ont pu constater dans leurs analyses quantitatives l’existence de sept grandes communautés régionales dans la province. En analysant et comparant les réponses des participants sur plusieurs variables, il est possible d’identifier un lot de participants répondant tous plus souvent la même chose. On parle ici de personas, ici distingués géographiquement. En d’autres mots, ces communautés, en plus de partager un territoire, partagent aussi un même ensemble de valeurs, d’attitudes et de comportements. Leurs emplacements respectifs sont cartographiés ci-bas.

Carte de l'heptagone québécois selon Le Code Québec.
Carte de l’heptagone québécois selon Le Code Québec. Cliquez dessus pour l’agrandir.

Les amateurs de politique remarqueront que cette répartition n’est pas étrangère aux résultats électoraux de la scène provinciale: les Frontaliers libéraux sinon caquistes, le 450 péquiste sinon caquiste, les Insulaires de l’Est plus péquistes et solidaires, ceux de l’Ouest toujours libéraux, les Républicains libéraux et caquistes et le reste très francophone et plus péquiste du territoire qu’occupent les Régionalistes.

Les auteurs ne sont pas si clairs sur ce qui délimite un groupe dans certains cas. On parle par exemple des Navetteurs du 450 qui « habitent la région du 450 […] autour de Montréal. […] Ils font la navette entre leur résidence et leur travail. » On ne sait donc si cela inclut réellement les Laurentides et Lanaudière plus nordiques, qui sont exclus du code régional et ne transitent probablement pas autant que ceux au sud des deux régions. D’où la partie hachurée en bleu et vert. Ce choix du vert est éditorial de ma part puisque ces habitants m’apparaissent ressembler davantage aux Régionalistes qu’aux Frontaliers, si on se fit aux comportements électoraux.

Quant aux Républicains, il n’est pas clair si « la région de la Capitale-Nationale » inclut plus largement Charlevoix mais surtout Lévis. Pour cette dernière, puisque je doute vraiment que ses citoyens soient fondamentalement différents de ceux de l’autre côté de la rive, j’ai décidé de l’inclure.

Le mystère Québec… ou Montréal?

Ce qui nous amène aussi à la question du « mystère Québec », qui existe peut-être plus pour les Montréalais que le reste du Québec. Les auteurs prennent le chemin le plus droit pour étayer leur constat:

« Les gens de Québec ont moins de joie de vivre que ceux du reste du Québec. Ils vivent moins l’instant présent, disent profiter moins de la vie, rient moins dans une journée, se disent moins créatifs, sont plus casaniers, et sont nettement plus préoccupés par leurs finances personnelles, leur retraite et leur avenir. Ils sont plus conservateurs, favorisent davantage l’entreprise privée, vivent davantage en couple, n’aiment pas prendre des risques et recherchent la stabilité. Ils se disent victimes de l’égocentricité de Montréal. »

Mais ils sont aussi « plus rebelles, aiment mieux faire à leur guise et aiment donner leur opinion. » Ils sont toutefois plus permissifs sur l’euthanasie, la liberté sexuelle, l’avortement et le cannabis. Les Républicains sont plus âgés et plus homogènes. Ils sont plus fiers et s’identifient davantage à Québec qu’au Québec. Ils disent aussi s’engager davantage dans leur communauté.

Au final, constatent les auteurs et les personnes interrogées, le mystère est simplement qu’ils sont plus “français” culturellement, plus réactionnaires. La démographie de la région y est sans doute pour quelque chose. Elle a moins changé que celle de Montréal et ses environs, par exemple. Un héritage qui a mieux survécu à Québec qu’ailleurs.

Le Québec n’est pas xénophobe

Du moins pas plus qu’ailleurs, et probablement moins. Le chapitre de la Victime aurait été le moins intéressant n’eut été du bel éclairage nuancé qu’il nous apporte sur cette question.

Tout indique dans les données que les Québécois accueillent les étrangers et les touristes plus favorablement que le reste du pays.

« Ce ne sont pas les étrangers qui dérangent, mais les accommodements religieux. La nuance est très importante. […] En effet, la très grande majorité des Québécois estime positif l’apport de l’immigration, pourvu que les nouveaux arrivants respectent la loi et les coutumes d’ici. Les gens s’opposent aux accommodements particuliers. »

L’affirmation religieuse est donc la coupable. Les Québécois ont plus de difficulté avec l’affirmation religieuse que le reste du pays. Il semble aussi, par contre, qu’on ait plus de problème avec une personne portant le hijab que la kippa juive. Le port de la croix dérange encore moins.

N’empêche, il n’est donc plus certain qu’on puisse parler de xénophobie (peur de l’étranger). On pourrait tout de même parler de racisme… religieux. Le racisme consistant en une “attitude d’hostilité systématique envers certaines catégories”, l’origine ethnique n’étant pas la seule possible. Par exemple, on parle de racisme “antivieux” lorsque des jeunes présentent une telle attitude envers les plus âgés.

Le Québec a donc une peur du religieux. Les plus jeunes d’entre nous se l’expliqueront probablement toujours mal. « Longtemps soumis au carcan des règles étroites du catholicisme, une majorité de gens ont de grandes difficultés à accepter le retour de la religion dans la vie de tous les jours. » Il faut croire que de nouveaux symboles religieux venus d’ailleurs effraient encore plus ces Québécois moins jeunes.

Détaché, Victime…

C’est ici que, plus on avance dans la lecture, plus on a de la difficulté à comprendre en quoi les traits suivants peuvent coexister.

Dans un premier temps, nous sommes peu engagés, petits faiseurs, apeurés par l’engagement, exempts d’esprit entrepreneurial, réticents à être francs dans nos opinions, moins généreux envers la charité, répondons beaucoup de “peut-être”. Nous sommes plus croyants mais moins pratiquants, plus en faveur de l’éducation mais plus décrocheurs, plus de politique familiale mais moins de mariages, plus heureux mais plus de suicides, etc. On soulève beaucoup de contradictions entre les dires et les actions des Québécois. On sait plus souvent ce qu’on ne veut pas que ce qu’on désire.

Les mots ambivalent, détaché, indécis, influençable, non engagé, peur du risque, prudent, rusé, secret et spontané sont plus significatifs chez les répondants Québécois. Mais plus loin, on apprend aussi que acheter, ambition, argent, conquérant, déterminé, gagner, propriété, puissance, récompense, réussite, richesse et victoire sont aussi surévalués. Idem pour courageux, créatif, débrouillard, inventer, nouveauté, rebelle et rêveur.À défaut d’y voir quoi que ce soit d’autre, cela prouve que, bonne nouvelle, les Québécois ne sont pas contre la vertu.

Le chapitre de la Victime, le plus propice à susciter la discussion, est malheureusement le moins soutenu. Il s’agit du seul à ne présenter presque aucun chiffre à l’appui que, plus souvent que dans le ROC, nous renvoyons aux autres la responsabilité de nos malheurs.

Par contre, il est vrai que cela paraît dans nos publicités et nos séries télé. Personne au Québec n’aura de difficulté à se remémorer un personnage mâle niais, navrant, manquant d’ambition, peu compétent ou maladroit.

Pensez par exemple au garagiste souffre-douleur de Martin Matte dans les publicités Honda, le réparateur Maytag, le type du département des plaintes d’Industriel Alliance, le mauvais poseur d’étagère chez Bell, les nombreux versions de Monsieur B, le personnage de Patrice Lemieux. Ça me fait aussi penser aux deux personnages principaux de Série Noire et, en fait, à peu près tous les personnages que François Létourneau a pu interpréter.

C’est tout le contraire des productions américaines par exemple, où le protagoniste est souvent brillant, estimé de tous, dans la raison, travaillant, très compétent, hautement débrouillard et bien souriant.

Pour une raison ou une autre, le premier type de protagoniste nous amuse plus. Aurait-on plus d’humilité que les Étatsuniens?

… mais aussi Créatif, Fier

Ces deux chapitres sont porteurs de beaucoup d’espoir pour le lecteur qui vient tout juste de se faire dire que son peuple est maudit par la déresponsabilisation et le défaitisme. Quelques données de sondage démontre que les Québécois se sentent particulièrement imaginatifs et débrouillards, mais la preuve, intéressante, repose surtout sur de véritables statistiques économiques.

La radio AM, la souffleuse à neige, le beurre d’arachides, le Wonder Bra, le casse-tête 3D, le vaccin porcin, la trithérapie et bien d’autres innovations sont nées au Québec. On pense aussi à des multinationales comme CGI, Cirque du Soleil, Juste Pour Rire, Lightspeed, Stingray et Moment Factory. C’est sans compter le nombre grandissant d’entreprises en technologie, et plus particulièrement en jeux vidéo installées à Montréal et Québec. La liste est longue.

On explique cette créativité par notre héritage créatif français, l’esprit d’équipe plus anglo-saxon et le souci d’efficacité très américain, c’est-à-dire « une meilleure planification, une organisation structurée et un exécution efficace des projets qui nous distinguent des Européens.»

Bien qu’on ait beaucoup entendu parler de la vente de fleurons à des entreprises étrangères, le portrait n’est pas du tout noir. On souligne à raison que, depuis 2010, 85 entreprises québécoises ont été vendues pour 400 millions de dollars à l’extérieur, mais que des Québécois ont fait l’acquisition de 258 entreprises étrangères pour 523 millions.

Plus intéressant encore, 30% de tous les emplois canadiens en recherche et développement se trouveraient au Québec (<20% de la population canadienne). 40% de ces entreprises au Canada se trouvent aussi. Les auteurs ont aussi recueilli beaucoup de propos de personnes rapportant un engouement inégalé jusqu'ici pour de nouveaux projets plus créatifs et technologiques.

Mais qui sommes-nous réellement, au final?

Au final, nous sommes hors de tout doute des Nord-Américains, francophones, avec un héritage européen assez clair aussi.

Il va sans dire que nous ayons une identité particulière, surtout dans le contexte où elles manquent plus ici, sur notre continent, qu’en Europe, par exemple.

Mais bon, d’autres le voient plus ainsi:

Vie extra-terrestre, paranormal et complots: les croyances des Canadiens

C’est un sondage très amusant, voire tout un bijou que nous offre le Angus Reid Institute, surtout en cette période d’actualité estivale. En effet, la maison de sondage sans but lucratif nous fournit des données toutes fraîches sur ce que pense les Canadiens sur les extra-terrestres, le paranormal et les théories du complot.

Tout d’abord, permettez-moi de vous informer qu’il y a une corrélation positive entre l’appréciation de la série The X-Files et l’avis que des extra-terrestres ont déjà visité la Terre:

 

Évidemment, que ces téléspectateurs aient été convaincus de cette possibilité en visionnant la série ou encore qu’ils étaient déjà des gens propices à croire aux phénomènes extra-terrestres demeure une question ouverte.

Plus généralement, on apprend entre autres du coup de sonde que quatre Canadiens sur cinq s’imaginent qu’il doit bien y avoir une forme ou une autre de vie intelligente ailleurs dans l’univers, qu’ils sont aussi 77% à penser que plusieurs phénomènes étranges ne peuvent être expliqués par la science à ce jour et qu’un peu moins du tiers des répondants estime que les fantômes existent.

 

Mais le lecteur de profondeur sera plus diverti encore en regardant les énoncés et leurs résultats dans le détail. Parce qu’on a aussi sondé la population sur plusieurs théories peu fondées qui perdurent. Par exemple, avons-nous vraiment été sur la Lune? Barack Obama est-il vraiment américain de naissance? Sommes-nous gouvernés par une élite mondiale travaillant secrètement? (Sur ce dernier point, j’aurais A-D-O-R-É qu’on demande aussi si cette dernière est composée en fait de lézards)

 

Voici quelques observations de disparités socio-démographiques lorsqu’on scrute les données dans le détail.

Les hommes et les femmes

Les femmes croient davantage que les hommes en la possibilité que certaines personnes aient des pouvoirs psychiques de prédiction du futur (54% vs 36%), aux fantômes aux projets inachevés sur Terre (37% vs 22%) et à la possible communication avec le défunt (47% vs 24%).

En revanche, les hommes sont plus propices à estimer que le réchauffement climatique est une pure invention d’intérêts financiers ou idéologiques (31% vs 23%). Pour le reste, notamment les autres conspirations, les disparités homme-femmes sont limitées.

Le Québec et les autres régions

Il semble que le certificat de naissance du président Obama intéresse bien moins le Québec que le reste du pays. Cet intérêt se situe à seulement 6% dans la province comparativement aux habitants des prairies, par exemple (15-16%).

Par contre, nous croyons aussi moins à l’authenticité des alunissages Apollo (21% des Québécois n’y croient pas, par rapport à 10-16% ailleurs dans le pays). J’ai du mal à trouver une explication à cela.

L’éducation

Plusieurs différences notables vont de pair avec le niveau de scolarisation, surtout en ce qui concerne les conspirations – ce qui n’est pas une surprise, plusieurs études l’ayant déjà démontré.

En fait, pour pratiquement tous les énoncés à ce sujet, la corrélation entre le niveau d’éducation (secondaire ou moins, collégiale et technique, universitaire) et leur véracité perçue est inverse. Moins une personne est scolarisée, plus elle est encline à y croire. La différence est la plus marquée avec les agissements obscurs du gouvernement américain (48% vs 33%), l’existence d’un gouvernement secret mondial (37% vs 26%), la fausseté du réchauffement climatique (29% vs 18%) et la marche de l’homme sur la Lune (18% vs 10%).

Pour voir les résultats de manière complète et détaillée

Le Festival international de jazz de Montréal est-il vraiment jazz?

Comme moi, avez-vous déjà échoué à cerner le lien entre la musique jazz et un artiste populaire dont la performance a été annoncée au Festival internationale de jazz de Montréal (FIJM)?

Et pourtant, lorsqu’on regarde de plus près les données sur le genre musical colorant les quelque 300 ou 400 artistes s’y produisant, rien ne permet de douter que la raison d’être du festival ait pâli. En effet, une analyse des étiquettes musicales attribuées à la plupart des artistes affichés démontre une réelle continuité dans la promotion du jazz, comme vous en fait part ce graphique ci-bas.

jazzfeststyles

Comme on peut le voir, le jazz “jazz” (j’imagine que c’est celui le plus classique ou avec le moins de déviations dans le genre – ce n’est vraiment pas ma spécialité musicale) a donné vie aux concerts de 35% à 50% des artistes présents au fil des 10 dernières années. C’est sans compter le jazz fusion, le jazz manouche, le jazz vocal et toutes les autres genres musicaux empruntant de manière variable au jazz.

Seul petit bémol. Contrairement à mon billet précédent sur le Festival d’Été de Québec, je n’ai pas pu pondéré en fonction de la taille de l’audience de scène en raison de données manquantes. Chaque artiste vaut donc une donnée1. L’analyse sous-estime donc un peu l’importance des concerts sur les plus grandes scènes extérieures, qui sont peut-être justement ceux dont la présence de l’artiste sème la confusion par rapport à la thématique du Festival.

En toute apparence, les spectacles plus clairement jazz ou “jazzés” sont effectivement plus importants en salles et sont donc les concerts payants qui attirent les véritables amateurs de jazz – et qui contribuent au nombre dominant d’artistes jazz dans le graphique ci-haut.

Les données proviennent du site web officiel du FIJM. Donc oui, ça revient un peu à demander aux organisateurs du Festival de jazz eux-mêmes s’il s’agit bien de jazz dans le festival, mais il suffit de naviguer dans les fiches concerts pour le reconnaître assez rapidement au travers des extraits vidéos et autres informations trouvables ailleurs en ligne.

La plupart des pages d’artistes informent l’internaute à quelle humeur musicale il peut s’attendre. Certaines pages ne mentionnent rien à ce sujet, surtout à partir de l’année 2007. C’est pourquoi mon analyse s’arrête à 10 ans, après quoi il y a trop peu de données par rapport au nombre total d’artistes présents.

N’empêche, la grande base de données de tous les artistes de toutes les éditions sur le site officiel du FIJM en est une très intéressante. Si j’ai ici affaire à des mélomanes,
je vous invite à la naviguer pour y trouver toute une archive d’artistes avec vidéos de concerts ou d’entrevues qui remonte à la première édition du Festival.

Une autre donnée intéressante de ces archives est l’instrument principal d’un concert donné. Tous les artistes n’en n’ont pas, mais on le mentionne lorsque c’est le cas, ce qui m’a permis l’analyse suivante, dans ce deuxième graphique ci-bas.

jazzfestionstrument

L’équilibre des instruments de prédilection des musiciens et donc l’équilibre dans la programmation est assez remarquable. Le FIJM mise habilement sur la variété des facettes du jazz.

J’aurais autant pu ici visualiser les données dans le temps. C’est ce que j’aurais fait s’il y avait assez de variation d’une année à l’autre pour qu’on puisse finalement y voir autre chose qu’un arc-en-ciel légèrement déformé. Ce sont donc ici les données des dix dernières éditions dans un même portrait. Au mieux, la voix et la guitare ont échangé leur rang deux ou trois fois.

À la lumière de ces deux analyses qui démontrent une grande continuité dans la mission du FIJM, on peut y percevoir une certaine résistance du Festival aux goûts et tendances de la population en musique. C’est certainement quelque chose qui contribue à lui mériter sa renommée internationale dans le milieu jazz. Il s’agit vraiment de s’aventurer au-delà des spectacles extérieurs gratuits.

Notes   [ + ]

Qu’entendront cette année les spectateurs du Festival d’été de Québec?

Le grandiose Festival d’été de Québec (FEQ) débute demain, et à cette occasion, en tant que hipster musical et spectateur occasionnel du festival au fil des ans, je me demandais ce que la plupart des spectateurs peuvent s’attendre à entendre.

Le FEQ a la particularité intéressante de ne pas avoir de thématique particulière, contrairement aux autres grands événements musicaux d’envergure du Québec comme le FIJM, les Francofolies, le Rockfest ou Osheaga. On peut donc supposer que son offre musicale ne sera pas si étrangère aux tendances générales de la musique populaire ou aux goûts culturels de la population.

J’ai donc procédé à une analyse de l’offre musicale du festival, en me basant sur les informations de son site web. Et parce qu’un spectacle sur la scène des Plaines d’Abraham a pas mal plus d’impact qu’une gig à L’Anti dans Saint-Roch, j’ai pondéré les données en fonction de la capacité d’accueil des scènes, une information affichée sur le site web du FEQ ou celui des établissements participants. J’ai aussi pondéré, de manière moins prononcée, selon le jour et l’heure (par exemple, un spectacle à 23h15 le mardi soir attirera nécessairement moins de gens qu’un spectacle le samedi à 20h, mettons).

Les menus déroulant intégrés au graphique ci-haut vous permettent de filtrer les données en fonction du moment où vous comptez vous rendre au FEQ et de la scène.

Par exemple, si vous préférez la musique Rock à bien d’autres, vous assisterez aux plus grands spectacles lors de la deuxième fin de semaine, puisque la première est plus occupée par le Hip-Hop, le Folk et la Pop.

Dashboard 1

Le premier constat est que, même dans le contexte de ma propre pondération des choses, le portrait est remarquablement équilibré. Il n’y a pas tellement plus de Pop que de Rock ou de Hip-Hop ou de Folk dans le portrait global, ni même sur la scène Bell des Plaines d’Abraham prise isolément.

Si vous voulez des chiffres précis, toujours pondérés, voici le pourcentage pour chacun de ces styles musicaux :

Pop 18,8%
Rap / Hip-hop 15,7%
Rock 12,9%
Folk 10,5%
Musique électronique 10,2%
Chanson 6,4%
Metal 4,8%
Folk rock 4,4%
Indie rock 4,0%
Indie pop 3,9%
Blues 2,4%
Musique du monde 2,2%
Country 1,5%
Reggae 0,9%
Jazz 0,8%
R&B / Soul 0,2%
Soul 0,2%
Punk 0,0%

 
Le FEQ, du fait de son absence de spécialisation musicale déjà évoquée plus haut, peut nous en dire aussi sur l’influence des différents pays dans les goûts musicaux de la population d’ici. Toujours en pondérant les données en fonction de la scène, du jour de la semaine et de l’heure, j’ai effectué le même exercice par rapport à la provenance des artistes.

Dashboard 2

La seule chose qui puisse étonner est que Les États-Unis et le Québec dominent le portrait, ce qui est une bonne nouvelle pour ceux s’inquiétant des influences culturelles extérieures de belle province. Considérant que la province n’est vraiment pas la seule au monde à observer une grande influence culturelle américaine et que sa population est une quarantaine de fois inférieure à celle de notre voisin immédiat, difficile de ne pas y voir au contraire un certain engouement pour les artistes d’ici.

La seule nuance à apporter ici est qu’il y aura au FEQ beaucoup plus d’artistes québécois qu’américains, mais ces derniers feront plus souvent prestation sur les plus grosses scènes, d’où l’équivalence en audience.

Vous pouvez voir aussi, sur ce deuxième graphique, les styles de musique qu’un ou des pays donnés apportent avec eux à l’occasion du festival. Par exemple, les prestations Hip-Hop nous viendront exclusivement des États-Unis, du Québec et, dans une bien moindre mesure, de la France.

Dans la deuxième partie de ce deuxième graphique, on peut aussi observer à quels styles de musique chaque pays ou région contribue. Par exemple, la France nous offre de tout sauf du Rock ; le Canada hors-Québec, à peu près tout sauf du Hip-Hop.

Méthodologie

Il a d’abord fallu capturer les données du site web. Les informations m’ayant intéressé ici étant l’artiste, la scène, le jour de semaine, l’heure, la provenance et le style de musique. Pour tenir compte du fait qu’un spectacle sur les Plaines d’Abraham aura plus d’impact qu’un autre dans un bar participant, j’ai conçu une pondération qui tenait compte de la capacité d’accueil de tous les contextes. La Scène Bell accueillerait jusqu’à 80 000 festivaliers selon l’organisation. Les établissements intérieurs peuvent en recevoir de 100 à un peu plus de mille; les autres scènes extérieures, de 3 000 à 10 000. Afin de ne pas trop exagérer l’importance de la plus grande scène, j’ai réduit son audience de moitié, ce qui n’a qu’au plus augmenté très légèrement l’importance de certains styles de musique, souvent les plus petits ici. J’ai aussi pondéré en fonction du jour de la semaine (donnant un indice de 1 à 2, le samedi étant plus favorable qu’un mardi) et de l’heure (de 0,5 à 1, 17h et 23h15 étant moins pratiques que 19h, 20h ou 21h).

J’ai ensuite multiplié les trois indices obtenus (capacité d’audience X jour X heure). Comme vous pouvez l’avoir remarqué, l’indice de la scène a de loin la plus grande importance dans ma pondération.

Le score ainsi obtenu est donc ce qui donne la juste valeur d’un spectacle dans le portrait entier. Les scores d’un même style de musique ou pays d’origine s’additionnent pour obtenir leur grosseur de bulle respective dans les graphiques ci-haut.

Et la capitale nord-américaine des pubs ludiques est…

Seattle est la capitale des pubs ludiques, selon cette analayse.
Seattle est la capitale des pubs ludiques, selon cette analayse.

Seattle!

C’est ce qui ressort d’une analyse de toutes les bars se présentant comme des pubs ludiques dans les 50 plus grandes villes nord-américaines en ayant au moins un. En fait, la tendance dans le top 5 de ces villes est la présence complète de la région du pacifique nord-ouest. Il s’agit de Seattle, Portland (OR) et Vancouver.

Les pubs ludiques sont les bars de jeux vidéo, d’arcades et/ou de jeux de société. Bref, un pub ludique est un bar ouvertement et principalement geek.

Plus précisément, je me suis intéressé à la présente tendance de ces bars de plus en plus nombreux. Comme ici à Montréal avec les ouvertures récentes d’Arcade MTL, du Nexus Smart Bar ainsi que le Foonzo. En anglais, on les appelle les barcades, beercades, barcadiums ou game cafes. Il s’agit de bars qu’on investit pour venir boire un verre et jouer aux arcades, au pinball ou encore de consoles qui sont au centre du concept du bar.

Les vrais pubs ludiques, et non pas quelques machines obscures dans un coin obscur d’un bar obscur

À la différence de nombreux bars qui possèdent par hasard une machine ou deux pour se divertir au cas où des clients s’ennuient (un Big Buck Hunter dans un coin obscur, par exemple), des pubs ludiques placent le jeu vidéo au centre de leur modèle d’affaires (ou en bonne partie). Ce n’est pas qu’ils tirent leurs revenus de ces jeux directement, mais plus que c’est le concept principal (ou presque) de leur établissement.

Les pubs ludiques sont aussi représentés par des adresses comme le Randolph (qui vient tout juste d’ouvrir sa deuxième succursale) et le Colonel Moutarde ici dans le 514. Ceux-ci laissent place aux jeux de société, qu’il s’agisse de Risk, Cards Against Humanity ou de pas mal n’importe quoi entre les deux.

Mise à part qu’elle ne domine pas le portrait, est-ce que Montréal et Québec manifeste tout de même un engouement particulier pour ces pubs ludiques? Ou bien d’autres régions encore se démarquent, en plus du pacifique nord-ouest?

Méthodologie

C’est ce que j’ai tenté de savoir en m’adonnant à un recensement de tous ces bars dans les 50 juridictions municipales nord-américaines les plus populeuses comprenant au moins un tel établissement. Vous trouverez ci-bas la méthodologie détaillée1. Pour l’essentiel, et pour chaque ville, j’ai effectué des requêtes Google et validé les résultats par Yelp, les comptes de réseaux sociaux des adresses et leur propre site web. Chaque fois qu’il était clair que le bar en question existait et qu’il entrait bien dans notre créneau, je l’intégrais dans les données (oui, ça a pris un peu de temps, je vous dirais, mais c’était aussi fascinant qu’enrichissant).

J’exclus les centres d’amusement plus traditionnels, les allées de bowling et les billards (donc pas de Dave & Buster’s). Sont aussi exclus les bars qui possèdent quelques jeux de société ou deux trois machines dans un coin sombre de la place ou qui n’en font pas une place centrale dans leur raison d’être. Idem pour les places qui font simplement des soirées quiz ou des tournois de Super Smash Bros. de temps en temps. Je m’intéresse vraiment ici au concept plus récent du bar à jeu de société ou vidéo à temps plein, des bars qui se présentent avant tout ou presque comme un bar ludique et que les gens fréquentent pour cette activité.

Plusieurs types de pubs ludiques

Parce que je tenais à différencier les concepts de bars de jeu, j’ai codifié ces derniers selon la typologie suivante:

  • Jeux de société
  • Pinball
  • Arcade (pouvant inclure du Pinball)
  • Console
  • Console et Arcade
  • Hybride (jeux de société et l’une ou l’autre ou plusieurs des formes de jeux électroniques ci-haut)

Enfin, j’ai calculé le nombre de ces nobles institutions par 100 000 habitants pour chacune de ces villes, et voici ce que ça donne lorsqu’on rassemble les 6 catégories dans un même tout:

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La côte pacifique nord-ouest joue

Personnellement, je m’attendais à ce que Toronto, Chicago et même Montréal soient au moins quelque part dans le top 10. C’est une autre tendance qu’on observe dans le top 5: le Nord-Ouest Pacific de Portland, Seattle et Vancouver. Une région un peu pluvieuse, réputée pour ses nombreux cafés, sa population moins conformiste, ses paysages enviables, sa culture des micro-brasseries et plus encore.

Pour le reste de ce top 5, la présence de Columbus étonne un peu, mais moins celle de Raleigh (j’y reviendrai plus bas). En sixième position, on retrouve aussi Austin, l’oasis du Texas. Rien d’étonnant à ce que cette ville se distingue nettement des autres villes texanes dans ce palmarès, sa collègue la plus proche étant El Paso à la 27e position.

Si l’on ne s’intéresse qu’aux pubs de jeux de société, on retrouve toujours Seattle, Vancouver et Austin dans les premières positions. Inversement, dans le cas des bars à jeux électroniques (arcades, consoles ou pinball), Seattle est encore dans le top et Portland revient aussi dans le décor.

 

Le pub ludique Shorty's à Seattle, faisant plus dans le pinball.
Cliché pris par moi-même au bar Shorty’s à Seattle, où je me suis retrouvé cet hiver par hasard. Ci-contre est sa salle de Pinball. C’est aussi un bar pas mal grunge et rock dans son esprit (on est à Seattle après tout).

 

Dans tous les cas, Montréal se retrouve quant à elle dans le top 10 et est surpassée par Ottawa, qui a presque le même nombre d’adresses pour une population deux fois moins nombreuse.

Un modèle d’affaires difficile?

Suite à toutes ces recherches sur ce type de bars dans autant de villes, j’y ai constaté plusieurs choses. La plus frappante est qu’il y a beaucoup, beaucoup de mouvement. Je n’ai pas codifié la date de naissance des établissements, mais je vous dirais que la majorité de ceux-ci ont moins de deux ans d’âge. Plus encore, je suis aussi souvent tombé sur des établissements qui avaient fermé dans la dernière année après une année ou deux d’opération. Je m’attends donc à ce qu’un certain nombre de bars dans mon analyse disparaissent d’ici peu aussi.

On sent l’engouement des commerçants et de citoyens entrepreneurs qui ont été nombreux à se lancer dans le produit, parfois habilement, parfois maladroitement. En fait, j’ai pu observer que beaucoup de ces pubs sont nés de campagnes de sociofinancement, elles-mêmes pas nécessairement l’initiative de gens qui étaient réellement commerçants ou entrepreneurs jusqu’ici.

Plusieurs projets ont aussi trébuché dans de vieilles lois obsolètes avec lesquelles les villes étaient prises, mais des ajustements législatifs ont souvent suivi. De ceux ayant rencontré de telles difficultés, il s’est plus agi d’un vilain obstacle qu’un mur. Certains voient cela comme un problème typiquement montréalais, mais plusieurs projets ont rencontré des difficultés législatives ou bureaucratiques ailleurs, comme à Québec, Toronto, Vancouver ou San Francisco. À Oakland, en Californie, on a légalisé le Pinball en… 2014 (Montréal l’a fait dans les années 1970).

Chicago exporte

La raison pour laquelle je m’attendais plus haut à ce que Chicago soit dans le top du nombre de pubs ludiques par habitant est que, d’une part, on en trouve beaucoup (9 bars de jeux vidéo et 4 de jeux de société – dont deux chevauchements). D’autre part, des établissements de cette ville semblent avoir trouver le meilleur modèle d’affaires. Headquarters Beercade a deux emplacements à Chicago et un autre ouvrira à Nashville éventuellement. Emporium a trois succursales dans le Chicago métropolitain et est en train d’en construire une nouvelle à San Francisco. Enfin, FTW Chicago aura une soeur à Denver à l’automne prochain. De mon analyse je n’ai pas vraiment observé d’autres chaînes en expansion mises à part la texanne Kung Fu Saloon, la californienne Coin-Op et l’originale et new-yorkaise Barcade.

L’original barcade de Raleigh

La chaîne Barcade se targue d’avoir été le trend-setter du bar de ce type par sa naissance en 2004, mais le concept et le terme auraient été véritablement utilisés pour la première fois à Raleigh en 1999 avec Kings Barcade, qui a existé sous cette forme jusqu’en 2007. Kings Barcade a ressuscité ailleurs en 2010 mais sans sa vocation Barcade, même si le nom est maintenu (sans doute pour retrouver sa clientèle). Malgré tout, les gens derrière Kings Barcade, tout comme ceux de The Baxter Barcade plus tôt, ont pris une poursuite au genou l’hiver dernier pour leur utilisation du terme “barcade”, qui appartient depuis 2008 à Barcade de NY. Il semble du moins que l’esprit du barcade persiste à Raleigh, la ville étant à ce jour le lieu de trois pubs de ce genre, ce qui est relativement grand par rapport à son nombre d’habitants (et la région aussi?).

Coups de coeur personnels

J’ai observé beaucoup de cas au fil de cette recherche, mais des coups de cœur me sont restés. Emporium semble être un bar particulièrement chouette, notamment parce que beaucoup de concours de jeux et d’événements complémentaires sont organisés sur place, les clients peuvent facilement observer une partie sur écrans géants et il y a de la console de jeu aussi, soient la véritable plateforme que les présents 18-34 ans ont connu à l’enfance et dans leur salon, ce qui permet aussi le jeu à plus de deux personnes.

EXP Restaurant + Bar à Vancouver semble aussi offrir cette formule, de même que Reset Interactive Ultralounge à Winnipeg, si jamais vous vous retrouvez là.

Tous ces aspects font de ce type de lieu un pub ludique plus social, isolant moins chacun devant un petit écran d’arcades. Et on va se le dire, des tournois de Mario Kart ou de Super Smash Bros., il n’y a vraiment rien de plus gagnant, surtout avec quelques verres et sur un grand écran qui divertit plus que les quatre personnes en jeu.

C’est aussi pour cela que je tenais à différencier les bars de jeu vidéo entre eux: ceux offrant du jeu de console et ceux offrant des arcades. Mon impression est que ceux insistant plus sur les premiers génèrent plus d’intérêt et d’engagement de la part de la clientèle et sont plus actifs dans la tenue d’événements. Et qu’ils vont vivre plus vieux, donc.

Et, enfin, une mention spéciale qui est absente des données plus haut: le Offworld Arcade à Detroit. Initiative très DIY, il s’agissait à l’origine de jeunes joueurs qui ont décidé d’investir une école abandonnée pour la tenue mensuelle d’une soirée de jeux d’arcades, vraiment dans les couloirs et locaux d’une école abandonnée, avec ajout de musique électronique ambiante et formule BYOB. L’événement est depuis plus itinérant puisqu’il se tient maintenant dans différents bars.

Notes   [ + ]

World Happiness Report: 5 indicateurs autres que le PIB qui expliquent la qualité de vie.

La richesse est un solide atout pour vivre décemment, mais il n’explique vraiment pas tout. D’autres facteurs importants, plus sociaux, prédisent des satisfactions de vie plus élevées. En effet, les chercheurs du World Happiness Report (WHR), dans leur plus récente mise à jour, avancent que le bonheur et le bien-être des citoyens d’un pays constituent un prédicateur plus englobant, plus prononcé et donc plus pertinent du progrès social, de la qualité de vie et du bien-être humain du pays en question que d’autres indicateurs plus couramment utilisés, surtout économiques (comme le PIB, le taux de pauvreté, les inégalités de revenu, etc.). Cette joie de vivre et ce bien-être subjectif devraient être davantage l’objectif des politiques publiques, clament les auteurs.

De kessé? Le World Happiness Report est une publication du Sustainable Development Solutions Network (de l’ONU) qui depuis 2012 mesure le bien-être subjectif dans le monde au sein des populations d’un maximum de pays, de sorte à en dresser des portraits nationaux, régionaux puis mondial mais aussi temporels. On mesure la gaieté générale1 d’une population en sondant ses individus sur leur propre évaluation de leur bien-être individuel ou situation personnelle, sur une échelle de 0 à 10 (0 représentant la pire situation possible; 10, la meilleure).

On peut ainsi comparer cet indice à plusieurs autres indicateurs sociaux, politiques et économiques afin d’expliquer ce qui aide les individus d’une population à percevoir sa situation de vie personnelle comme positive. Le but derrière tout ça est de démontrer que les simples indicateurs économiques, notamment l’état de l’économie, le PIB ou le revenu par habitant n’apportent pas du tout à eux seuls un réel éclairage sur la qualité de vie d’une population. Ils y contribuent certainement, mais l’intégration d’autres facteurs permet un tout plus englobant qui explique et prédit mieux les différences de bien-être d’un pays à l’autre.

Dans le cadre de cette étude, ces six facteurs expliquent en différentes proportions (de la moitié aux trois quarts) les variations du bien-être subjectif: le PIB par habitant, le support social, l’espérance de vie en santé à la naissance, la liberté de faire des choix2, la générosité et la corruption perçue.

Une analyse régressive de ses facteurs avec le bonheur personnel auto-évalué des répondants (tableau ci-dessous) démontre que le PIB par habitant contribue bel et bien au bien-être subjectif des populations, toutefois aux côtés d’autres facteurs y contribuant eux aussi de manière comparable, les deux autres plus importants étant le support social (le support qu’une personne peut trouver d’un proche ou d’autre chose lorsque dans une situation de vie problématique) et l’espérance de vie en santé à la naissance. On remarque aussi que, lorsque la population perçoit de la corruption au sein de son gouvernement et/ou des entreprises, cela a un certain impact négatif sur le bien-être subjectif moyen cette population.

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Il est intéressant aussi de constater que l’affect positif (le fait d’avoir ri, ressenti de la joie ou eu du plaisir aujourd’hui) a un impact très favorable sur l’évaluation de sa situation de vie sans que l’inverse ne soit vrai. En effet, on n’observe pas de telle relation négative avec l’affect négatif. Autrement dit, et comme le soulignent les auteurs, la présence d’émotions positives dans sa journée a beaucoup plus d’effet sur la satisfaction de vie que l’absence d’émotions négatives. Il ne suffit pas que rien de désagréable n’arrive: il faut ressentir de l’affect positif.

Quel est le but de tout ça? D’une part, il s’agit de démontrer qu’en politiques publiques, les décideurs doivent penser à autre chose que des solutions économiques ou monétaires mobilisant des ressources toujours limitées – et donc d’arrêter de justifier un manque de ressources ou de marge de manœuvre à un manque d’action sur une problématique donnée. Le support social surtout, mais aussi la corruption perçue, le sentiment de liberté personnelle de même que l’opportunité d’être généreux sont toutes des choses qui se travaillent autrement que simplement en débloquant des fonds – bien que cela facilite toujours les choses. C’est toutefois aussi le contexte de l’austérité et/ou de fonds publics insuffisants qui font parler les chercheurs en ce sens.

D’autre part, hé bien… n’est-ce pas souhaitable d’observer des satisfactions de vie personnelles plus importantes au sein de sa population? Et ce qu’il y a de bien avec le bonheur, c’est qu’en principe une personne qui tout d’un coup en obtient plus ne l’a pas nécessairement enlevé à quelqu’un, contrairement à l’argent. Ce qui nous ramène au sujet des inégalités.

Parce que oui, les auteurs, en plus de mesurer longuement le bonheur des populations, mesurent aussi dès lors l’inégalité du bonheur, tout comme on le fait avec le revenu. Après tout, s’ils sont seulement quelques uns à être souvent de bonne humeur, on peut soupçonner une distribution inadéquate de la qualité de vie (souvent, mais pas exclusivement, liée aux inégalités de revenu). Et si l’inégalité du revenu est un meilleur indicateur de la qualité de vie que le simple PIB, on peut supposer aussi que l’inégalité du sentiment de qualité de vie en est un meilleur que la simple moyenne du bonheur affirmé, et donc aussi des six facteurs abordés plus haut pris séparément.

Et comment mesure-t-on cela, “l’inégalité du bonheur”? Rien de sorcier, il s’agit de calculer l’écart-type du bonheur subjectif de l’échantillon, qui nous dit à quel point toutes les réponses tournent autour de la moyenne de celles-ci ou non. Si presque tout le monde répond 2, 6 ou 9 sur l’échelle de 0 à 10, l’écart-type est faible et donc tout le monde est similairement heureux (ou malheureux). Si la plupart des répondants ont répondu bien autre chose que la moyenne des réponses, l’écart-type est élevé et il y a inégalité du bien-être. En voici l’illustration ci-bas, qui démontre que l’Amérique latine et centrale et l’Afrique du Nord et le Moyen Orient sont les deux régions du monde à présenter une inégalité du bien-être plus particulièrement élevée.

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En ce qui concerne le portrait par pays (que vous pouvez voir par vous-mêmes ici), on constate malheureusement que ceux ayant connu une augmentation de cet inégalité du bien-être de 2005 à 2015 sont six fois plus nombreux que ceux qui ont vu cette inégalité diminuer. Cette augmentation demeure toutefois assez modeste, située à 5% pour le globe entier. Les deux seules régions n’ayant pas connu d’augmentation de cette inégalité sont l’Europe centrale et de l’est et l’Amérique latine et centrale, qui elle, souvenez-vous, est déjà dans les plus élevées.

Pour mieux comprendre encore, on peut se comparer nous-mêmes aux autres pays qui nous ressemblent plus. Dans un classement de 157 pays, où le premier rang est réservé à l’État présentant le moins d’inégalités du bonheur, nos voisins étatsuniens ne se placent qu’au 85e rang! Le Canada, la France et le Royaume-Uni se situent respectivement aux 29e, 38e et 46e rang. Et, évidemment, ce sont les Danemark et Islande de ce monde qui se retrouvent dans les premières positions. Du coup, on voit aussi que l’inégalité de revenu demeure assez près dans les facteurs explicatifs, mais aux côtés d’autres facteurs. Mais le nouvel élément à retenir est que l’inégalité du bonheur prédit généralement un bonheur moyen plus faible.

Notes   [ + ]

Les zombies préfèrent le 450, Rouyn, Alma et Sept-Îles

Je commençais la lecture de ce livre dernièrement et dès les premières pages l’auteur nous présente des constats culturels plutôt intrigants au sujet des zombies. Peut-être l’aviez-vous un peu senti vous-mêmes : les cadavres réanimés sans conscience et friands de nous tous ont bizarrement gagné en popularité depuis la fin de la guerre froide, le 11 septembre et plus encore depuis la Grande récession de 2008. L’auteur présente des données de Wikipédia, d’Amazon, de Google et de Lexis-Nexis sans équivoque : on note une augmentation récente et prononcée du nombre de films, de livres, de mentions médiatiques, de saisie du terme sur le web de même que de publications scientifiques sur les zombies. À titre d’illustration, voici l’évolution de la popularité du terme dans Google Trends depuis 2004, au Québec comme ailleurs.

Remarquez aussi que la popularité a tendance à battre son plein en octobre, probablement parce que les gens cherchent de l’inspiration pour leurs costumes d’Halloween (simple hypothèse à ce stade-ci). J’ai refait le même exercice auprès des médias d’information du Canada français afin de comparer leur propre intérêt pour les zombies avec celui des internautes.

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Manifestement, les zombies suscitent bel et bien un engouement étrange auprès de la population depuis quelques années. Les données régionales de Google Trends suggèrent que certaines populations s’y intéressent bien plus que d’autres. Au Québec, par exemple, la carte interactive ci-dessous démontre de manière plus ou moins surprenante que les zombies ont la cote auprès plusieurs municipalités du 450, de même que… Rouyn-Noranda, Alma et Sept-Îles. Pas Montréal, ni Laval, ni Québec, ni Trois-Rivières ou Sherbrooke. Notez que ne sont affichées que les 15 municipalités les plus friandes des zombies (Google Trends ne permet pas encore d’obtenir plus de 15 résultats régionaux).

Les mêmes données régionales pour le reste de l’Amérique du Nord vont un peu dans le même sens. Les zombies sont un peu une affaire de la banlieue et de métropoles de taille moyenne, à quelques exceptions près (Los Angeles, notamment). La gradation colorée des scores ci-dessous se lit ainsi: vert, jaune, rouge, mauve, bleu. Notez une fois de plus que les résultats ne vont pas au-delà des 15 villes les plus intéressées par les zombies, et ce, pour chacun des deux pays.

Enfin, pourquoi les internautes s’intéressent-ils aux zombies? Pour en savoir plus sur ces derniers en tant que tels? Pour connaître des titres de jeux ou de films en contenant? Pour trouver de l’inspiration pour un costume? Les recherches les plus souvent associées au mot-clé en question suggèrent un peu tout ça, mais l’intérêt particulier pour les Call of Duty (pour son mode zombie) et Plants vs. Zombies de ce monde est évident.

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Dans le titre de cet article, je suggérais que les zombies s’entendraient mieux avec le 450, Rouyn-Noranda, Alma et Sept-Îles. J’adorerais toutefois être en mesure de connaître la nature de cet intérêt pour les zombies de la part de ces collectivités. Peut-être ces dernières les accueilleraient-elles à bras ouverts. Peut-être aussi que les résidents de ces localités s’ennuient cruellement et rêvent d’en croiser pour se défouler sur eux. C’est vraiment plausible. Pour avoir été un banlieusard le plus clair de ma vie, je dois avouer qu’à plusieurs moments, ça aurait vraiment occupé mes temps libres.

Et vous, vous les consommez de quelle manière, vos zombies?

Austérité ou rigueur / assainissement / équilibre budgétaire / redressement / contrôle des dépenses ?

En politique et en relations publiques, le contrôle de l’interprétation et du cadrage des enjeux peut expliquer beaucoup de victoires et de défaites. Les camps politiques en compétition pour la persuasion de l’opinion publique ou d’autres parties prenantes souhaitent attirer l’attention sur un aspect donné ou un autre de la problématique au détriment d’autres éléments. Bien qu’il existe une certaine sophistication politique au sein de la population pour le débat politique, il n’y en a pas énormément pour le détail. On ne peut s’attendre à ce qu’elle comprenne très bien dans toute la nuance requise une problématique et son contexte objectif ou le contenu réel d’un projet de loi, par exemple. C’est pourquoi les différents acteurs doivent faire simple, même trop simple parfois. Étant donné le format du média d’information le plus largement consommé par l’électorat (la télévision, notamment les bulletins de soirée et les nouvelles en continu), une position ne doit prendre que quelques secondes ou minutes à expliquer et défendre, idéalement (du moins si notre cible est Monsieur et Madame tout le monde). En d’autres mots, mieux vaut privilégier la qualité plutôt que la quantité. C’est parfois ce qu’on nous enseigne dans le métier.

Passons maintenant au débat que j’avais en tête pour la question, soient les positions et actions du présent gouvernement libéral provincial quant à la gestion du budget et des finances de l’État. L’exécutif met de l’avant plusieurs arguments: équilibre budgétaire, réduction du déficit, réduction du fardeau pour les futures générations, redressement des finances, assainissement des finances publiques, optimisation des ressources, rigueur, le Québec n’a plus les moyens de se permettre certains programmes, contrôle des dépenses qui explosent, etc.

Le camp opposé à ces mesures jugées dérisoires pour l’État-providence et le “modèle québécois” y va beaucoup plus simplement: austérité.

Alors que l’exécutif peine à trouver un terme plus sexy pour parler de sa gouvernance budgétaire, les détracteurs de ses politiques parviennent en apparence vraiment mieux à cadrer l’enjeu à leur avantage. Il est difficile de ne pas constater une fatigue de la part de l’administration Couillard à cet effet. Le problème est que ce gouvernement a multiplié les termes au détriment d’une vision simple, claire et cohérente.

On le constate aussi en demandant à Google Trends ce qui intrigue le plus les internautes sur ce débat:

Ce graphique illustre la popularité relative des quatre termes choisis ici (austérité, redressement, optimisation, contrôle des dépenses) dans le populaire moteur de recherche en données normalisées depuis la dernière année au Québec. Le terme “austérité” se démarque très clairement des autres termes plus propres à la position du gouvernement libéral. Certes, ces trois derniers termes sont quelque peu vagues et imparfaits, mais c’est pourtant ceux qui ont retourné le plus de résultats. J’ai eu beau tester tous les termes imaginables neutres ou favorisant la position du gouvernement sur sa gestion budgétaire, aucun n’arrive à chatouiller le terme “austérité” (sauf peut-être “budget Québec”).

Plus encore, voici les (deux seules) recherches répétitivement associées au terme “austérité”:

On voit donc que le terme intrigue réellement la population. Parce que d’une part il est à ma connaissance relativement récent dans le paysage sémantique politique québécois. D’autre part parce que la notion d’austérité n’est peut-être pas encore mature en langue française (à ce jour aucun dictionnaire consulté ne définit l’austérité comme une réduction des dépenses de l’État, dans les programmes sociaux ou non). Les ouvrages de référence en langue parlent plutôt du “fait d’être austère: sévère, rigoureux, sans ornement, etc.”

Aussi, la définition économique du terme parle d’une réduction des dépenses et non d’une réduction de la croissance des dépenses, ce qui est encore la réalité de plusieurs postes budgétaires du gouvernement. Peu importe si nous subissons l’un ou l’autre au Québec à l’heure actuelle, le terme austérité a manifestement réussi à intriguer beaucoup d’internautes, bien plus que les cadres proposés du gouvernement. C’est certainement là une petite victoire pour les détracteurs des présentes politiques libérales.

Par contre, les internautes ne représentent pas l’opinion publique (s’il en existe une), c’est-à-dire que la composition sociodémographique des internautes n’est pas la même que la population entière de la province. De plus, ceux ayant cherché à en savoir plus sur l’austérité ne s’y opposeront pas nécessairement. En d’autres mots, le terme n’est pas péjoratif pour tous.

Et comme nous en avons parlé plus haut, une majorité de la population québécoise (comme ailleurs) ne s’informe pas nécessairement avec Google ou le réseau loquace Twitter. Il s’agit dans un premier temps de la télévision et des autres médias traditionnels (avec leurs versions web ou non) que sont les imprimés et la radio, dans un deuxième temps et dans une moindre mesure.

J’ai donc refait le test des termes dans deux banques de données sur les médias les plus consommés de la province (voir la liste des médias analysés plus bas) et les résultats diffèrent assez largement.

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Dans les deux bases de données (Archives Sun Média et Eureka), les résultats obtenus représentent le nombre d’articles dans lesquels apparaissent l’un et/ou l’autre des deux groupes sémantiques. Pour le premier, il suffisait d’inscrire “austérité”, tandis que pour le deuxième groupe, l’exercice devint un peu plus compliqué (ce qui confirme du coup l’incapacité du gouvernement à proposer un seul cadre clair et simple pour sa gouvernance que d’autres qualifient d’austère (voir en bas de page la méthodologie à ce sujet)1.

Autant dire que les deux groupes sémantiques sont également représentés dans les médias d’information. Par contre, le deuxième ratisse plutôt large, même très large, et pourtant le terme “austérité” le surpasse encore, de très peu. C’est donc dire que ce dernier résonne plutôt fort dans les médias. Cela est sans doute attribuable à la simplicité du contrecadrage. De manière aussi intéressante, puisque les archives des trois quotidiens de Quebecor (JdeM, JdeQ et 24H) se trouvaient dans une base de données à part de tous les autres médias, j’ai vite constaté une différence notable: 163 articles ont utilisé le terme “austérité” tandis que 420 histoires utilisaient le cadrage du gouvernement (redressement, rigueur, etc.). Puisque ces imprimés n’ont jamais été reconnus pour leur amour de l’État-providence ces dernières années, cela ne surprend guère. C’est plutôt l’importance de l’écart numérique qui peut étonner quelque peu. Pour le reste des médias analysés, le contrecadrage de l’austérité l’emporte avec 4917 articles versus 4618 pour le (plus vague) cadrage libéral2.

En somme, les deux cadrages se livrent une belle compétition. Par contre, étant donnée la puissance assez remarquable de celui de l’austérité, on pourrait s’attendre au minimum à un petit impact sur l’humeur de l’électorat. Si l’on se fie aux deux graphiques qui suivent, on note effectivement quelques tendances problématiques pour l’administration en place.

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Il n’est pas possible ici de savoir hors de tout doute que ce qui suit puisse être crédité principalement à la campagne anti-austérité. Deux constats s’imposent de ces chiffres. Premièrement, l’insatisfaction grandissante à l’égard du gouvernement est manifeste et augmente même plus vite que la proportion des gens satisfaits ne diminue. Cela signifie que des électeurs jusque-là indécis se sont plus souvent qu’autrement joints aux insatisfaits. Deuxièmement, les intentions de vote y résistent quelque peu, oscillant entre 34 et 41 %, les autres partis politiques ne parvenant pas à traduire cette vague d’insatisfaction en une opportunité de séduction politique. En revanche, le chef libéral a perdu davantage de plumes en tant que “meilleur Premier ministre” aux yeux des sondés.

Pour conclure, les partisans de la campagne anti-austérité semblent avoir intérêt à poursuivre leurs activités communicationnelles auprès de la population et des autres parties prenantes. La popularité du terme “austérité” selon Google Trends coincide plutôt bien avec la montée plus prononcée de l’insatisfaction générale à l’égard du gouvernement (autour d’octobre 2014). Pour sa part, le gouvernement gagnerait à trouver un cadrage plus sexy vis-à-vis le terme “austérité” mais probablement plus encore à être plus honnête en campagne électorale par rapport à son agenda, comme l’explique le chercheur en communication politique Thierry Giasson dans cet excellent entretien au Devoir (réservé aux abonnés, malheureusement).

Notes   [ + ]

Parlons taille de l’État et masse corporelle

Si vous regardez l’émission Tout le monde en parle de temps en temps, vous vous souvenez peut-être du passage du professeur en sciences de l’éducation Normand Baillargeon. Lorsque qu’on lui demande de nous faire part d’un extrait de son livre à succès Petit cours d’autodéfense intellectuelle, le professeur de l’UQÀM aborde en exemple la notion des « fausses analogies », courantes dans les débats politiques et économiques les plus médiatisés. La fausse analogie consiste grosso modo à faire comprendre son point de vue sur un grand enjeu d’une certaine complexité par correspondance trompeuse à un autre enjeu très simple et de petite échelle dont la solution va de soi. Un exemple : l’analogie voulant que l’État soit un peu comme un père de famille qui doit prendre des décisions impopulaires mais nécessaires pour assurer la santé financière d’une famille. Ou encore, si une personne peut balancer son budget, le gouvernement devrait bien en être capable lui aussi, et ainsi de suite.

Je suis tombé sur une autre de ces excellentes fausses analogies l’automne dernier. À l’occasion des conclusions de la Commission de la révision permanente des programmes qui prescrivaient un régime minceur des programmes et services de l’État, un chroniqueur nous résume son point de vue à la une du quotidien: « D’obèse à top model » (en parlant de cette conclusion sur l’État québécois qui mériterait bien, selon lui, cette « diète »).

Il promouvait là l’idée que l’État québécois souffre d’un indice de masse corporelle dépassant les 30 kg/m−². Un tour rapide sur Twitter permet de comprendre que cette impression a un certain succès (inscrivez “état obèse” dans le moteur de recherche, avec les guillemets pour l’expression exacte). Après tout, on entend souvent qu’il est impératif de “couper dans le gras” de la fonction publique ou exiger de tous les employés de l’État d’être moins “gras dur” avec leurs simples salaires, régimes de retraite et budgets de fonctionnement.

C’est à ce moment que je me suis demandé si un État pouvait être « obèse » d’une façon ou d’une autre. Pour certains, il est obèse au sens qu’il est inutilement gros et gourmand, qu’il pourrait toujours faire autant ou mieux avec moins. D’autres pensent que sa trop lourde fiscalité et son engagement dans trop de sphères d’activité économique ou sociale oppriment la liberté économique (comme l’expliquent les penseurs du Fraser Institute). Une façon habituelle de connaître la taille d’un État consiste à calculer la proportion de ses dépenses courantes totales par rapport au produit intérieur brut (PIB).

Gardons en tête que la taille d’un État par rapport à un autre est (théoriquement et idéalement) le résultat de choix collectifs d’une société. Rapidement, on peut s’attendre à ce que les États-Unis aient un État central moins obèse que la France, par exemple.

En me penchant sur le sujet, je n’ai pu résister à l’envie de vérifier s’il y avait une quelconque corrélation entre la taille de l’État et celle de ses sujets.

Il semble qu’il existe effectivement une corrélation négative entre les deux variables. Plus un État développé est obèse, moins ses citoyens le sont. C’est ce qui saute aux yeux lorsqu’on compare les tailles des États de l’OCDE avec leurs taux d’obésité respectifs, comme vous pouvez le voir ci-dessous.

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Les données proviennent du Fonds monétaire international et de l’Organisation mondiale de la santé. Les données du FMI sont celles de la proportion des dépenses totales des États en fonction de leur PIB (taille de l’État). Les données de l’OMS représentent le taux d’obésité de chacune des populations, soit la proportion de la population âgée de 20 ans et plus dont l’indice de masse corporelle est de 30 kg/m2 ou plus.

J’ai limité l’exercice aux États de l’OCDE pour quelques raisons. La première est le souci de comparer des pommes à des pommes. Sur plusieurs niveaux, les États les plus industrialisés peuvent difficilement être comparés à des États en développement ou ceux très sous-développés, là où les citoyens ont moins souvent le luxe d’être en surpoids. En fait, les données démontraient une corrélation inverse — ce qui ne surprend pas puisque les États plus pauvres n’ont pas trop les moyens d’être « obèses » et de conditionner pour le mieux le niveau de vie de ses citoyens qui ne mangent d’ailleurs pas tous à leur faim.

Pour des raisons culturelles évidentes, le Japon et la Corée du Sud constituent des extrêmes puisque leurs taux d’obésité sont très bas. J’ai donc retiré ces extrêmes manifestes qui biaisaient trop la tendance. Sans ces deux États, on obtient un coefficient de corrélation de -0,55, ce qui illustre déjà une relation assez forte. On aurait aussi pu considérer la Suisse et l’Irlande comme des extrêmes faussant elles aussi la tendance. Ce faisant, le coefficient atteint -0,78, ce qui est énorme statistiquement. Vous pouvez vous-mêmes exclure l’une ou l’autre de ces deux données dans la figure ci haut.

Le but de cet article n’était pas tant de prouver hors de tout doute qu’une population devient moins obèse lorsque son État dépense plus, mais bien le non-sens de l’analogie de l’État obèse puisqu’un État plus important a plutôt tendance à améliorer le niveau de vie de sa population. Peut-être que l’État n’est obèse que pour quelques personnes seulement ?

Financement et taxes des arrondissements: l’administration Coderre semble avoir porté attention aux résultats électoraux de 2013

À suite de l’annonce de la réforme du financement des arrondissements de Montréal par l’administration Coderre l’été dernier, des élus de l’opposition ont reproché au maire Denis Coderre d’être partisan dans ses choix vis-à-vis chaque arrondissement.

Je me suis amusé à tenter de valider ces affirmations. Est-ce que, par exemple, les arrondissements ayant le moins voté pour monsieur le maire et son équipe sont plus pénalisés que d’autres dans la réforme sur le plan de leur financement? Et vice versa?

En comparant les données électorales de 2013 à celles de la réforme du financement des arrondissements, et plus récemment celles de la hausse de leurs taxes, j’ai observé des corrélations faibles et modérées mais tout de même réelles entre le sort électoral de l’Équipe Denis Coderre et celui du budget des arrondissements.

Plus précisément, en comparant les scores obtenus par l’Équipe Denis Coderre au scrutin de 2013 sur trois niveaux (mairie de la Ville, mairies d’arrondissement et Conseil de Ville) avec les changements proportionnels apportés au financement et aux taxes de chaque arrondissement, on obtient ici des coefficients de corrélation allant de 0,35 à 0,65. Un coefficient de 1 indique une corrélation totale alors que 0 signifie une absence totale de relation entre les variables. Des coefficients de 0,35 à 0,65 indiquent des corrélations modérées mais réelles. Dans les deux cas, j’ai opté pour ne pas éliminer les “extrêmes” du portrait étant donné le faible nombre de cas (18-19 arrondissements par niveau de scrutin).

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La comparaison des scores électoraux de l’Équipe Denis Coderre avec les données budgétaires des arrondissements s’est faite en trois temps : vote direct à la mairie de la Ville (vert), vote à la mairie d’arrondissement (orange) et vote dans les districts déterminant les conseillers(ères) de ville (bleu), et ce, pour chaque arrondissement. Pour les conseillers(ères) de ville, il s’agit de la moyenne du pourcentage des votes reçus par les candidats au conseil de ville (incluant les maires d’arrondissement qui siègent également en tant que conseillers(ères) de ville). Les scores des candidats aux conseils d’arrondissement ont été exclus par souci de simplicité.

Par exemple, l’ensemble du Plateau-Mont-Royal a voté à 15 % (axe horizontal) pour M. Coderre à la mairie tandis qu’il voit son financement diminué de -12,7 % (axe vertical) sur les cinq prochaines années. Montréal-Nord a voté à 66,73 % (x) pour le même candidat et observe une augmentation de 6,9 % (y) à son budget et ainsi de suite.

Puis est venue l’annonce de l’administration Coderre sur la hausse des taxes des mêmes arrondissements. Puisque les données des résultats électoraux par arrondissement étaient déjà collectées puis préparées, il m’était facile de refaire le même exercice avec les hausses de taxes respectives des mêmes juridictions. Le constat s’est avéré plus frappant à ce sujet. La corrélation entre les scores de l’ÉDC et les hausses de taxes y est plus forte, cette fois-ci négative. C’est-à-dire que plus le score de l’équipe du maire a été élevé en 2013, moins on peut s’attendre à ce que la hausse de taxe soit importante relativement. Et encore une fois, le vote direct à la mairie de la Ville y est plus déterminant que les deux autres scrutins (mairie d’arrondissement et conseil de ville).

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Bien entendu, correlation does not equal causation, mais dans ce cas-ci, il est inquiétant qu’on en trouve une aussi facilement, surtout avec le scrutin plus direct de la mairie. Il s’agit de données objectives qui ne sont pas de simples échantillons, soient les résultats électoraux de 2013 et les réformes fiscales ultérieures des arrondissements décidées par la Ville centre. Dans le cas du vote à la mairie de la Ville et de la hausse des taxes des juridictions subalternes, on obtient un coefficient de corrélation de -0,65, ce qui représente une corrélation plutôt forte. Autrement, plus les électeurs d’un arrondissement ont voté pour le parti du maire Coderre, moins la hausse de taxe leur étant imposée est importante. Inversement, les contribuables des arrondissements ayant moins voté pour le même parti encaissent une plus grande hausse de taxe.

Les neuro-jeux vidéo

Vous avez déjà entendu cette cassette : un jeune homme visiblement perturbé fusille un peu gratuitement un lieu public bondé d’innocents de tous les jours. Des folliculaires (aux États-Unis, la plupart du temps) pointent du doigt la violence des jeux vidéo, parce que le tireur aurait joué à un moment de sa vie à Call of Duty ou un autre titre similaire.

Puis le débat s’élargit, duquel sortent des impressions voulant que les jeux vidéo soient mauvais par nature et trop violents pour la naïveté des êtres humains. Il faut les contrôler, voire les bannir.

Mais comme nous sommes maintenant en 2014, on saisit de mieux en mieux les bienfaits leur étant associés. En fait, ils ont à l’origine été développés entre autres par l’armée américaine pour des fins de simulation, mais possiblement aussi pour exercer les réflexes et la dextérité de ses soldats. Bien sûr, tout est question de dosage et tous les jeux peuvent différer l’un de l’autre aux plans de leurs bénéfices ou côtés pervers.

Et s’ils pouvaient offrir des bienfaits neurologiques ou thérapeutiques? C’est du moins un potentiel que tentent de développer et exploiter des chercheurs en médecine de l’Université de Californie à San Fransisco.

Les chercheurs s’intéressent aux caractéristiques des jeux vidéo qui nous rendent tous accros, voire cinglés, comme Flappy Bird et Candy Crush en vue de proposer des formules de jeux desquels les joueurs en tireraient des bienfaits. C’est en observant l’activité du cerveau en train de jouer avec des scanners que les chercheurs étudient la chose. Ils sont en mesure de détecter les zones cérébrales plus faibles selon la situation de jeu pour éventuellement proposer des jeux qui les exerceraient davantage.

Ces derniers suggèrent que l’on pourrait très bien prescrire d’ici quelques années à peine des jeux vidéo précis pour des cas de dépression ou de trouble de l’attention avec hyperactivité. Ou simplement pour améliorer notre mémoire, nos capacités cognitives et les connexions de notre cerveau.

Qu’un dosage modéré de jeux vidéo développe des aptitudes particulières ou présente d’autres bienfaits en général n’était pas un secret jusqu’ici parmi les experts. Par exemple, on sait depuis quelques années que les amateurs de jeux de tirs à la première personne ont des réflexes et une dextérité plus aiguisée, une meilleure attention visuelle et une précision bonifiée.

La différence est que ces jeux commerciaux n’ont pas été conçus en ayant cela en tête. C’est là la valeur disruptive des recherches de nos chercheurs de San Fransisco : designer neurologiquement des jeux de sorte à ce qu’ils puissent être thérapeutiques ou comportent des bienfaits cognitifs. En d’autres mots, on recommanderait un jeu en fonction de ses besoins neurologiques ou mentaux. Si on pousse à l’extrême, on les trouverait peut-être dans des pharmacies, mais il serait du moins bien possible qu’on en retrouve dans les hôpitaux.

Pour ma part, j’ai vraiment très hâte d’observer la réaction des gens lorsque cette idée atteindra la masse. Des docteurs ou pharmaciens qui recommandent un jeu en particulier pour aider un patient, j’ai l’impression qu’énormément de gens trouveront cela absurde. On trouverait ensuite ces experts de la santé peu crédibles par la suite. Il faudra simplement faire comprendre à plusieurs qu’une dose très raisonnable de ces jeux, même si on n’est pas atteint de quoi que ce soit, n’est pas mauvaise en soi et permet même à ses amateurs de développer des aptitudes que d’autres ne trouveront pas dans les livres ou le cinéma.

L’article:

http://bits.blogs.nytimes.com/2014/02/16/disruptions-using-addictive-games-to-build-better-brains/?ref=technology

Plus généralement sur les bienfaits des jeux vidéo (je suis du genre à toujours demeurer critique sur ces images informatives qui sont massivement partagées sans vérification sur les réseaux sociaux, mais dans ce cas-ci ce sont des informations que j’avais déjà retrouvées ailleurs au sein de sources plus officielles):

Videogames... and their advantages.  Via 9Gag.

De la véritable Big Data

Le chercheur John Beleier s’est servi de la base de données GDELT pour cartographier tous les événements majeurs survenus dans le monde depuis 1979. Cliquez sur l’image pour visionner l’historique des événements sur carte interactive.

Comme plusieurs termes ayant été à la mode, l’expression Big Data commence à être utilisée un peu à toutes les sauces, au point où il est presque impensable pour une agence de dire qu’elle a des données et non des grosses données.

Je vous ai déniché ici ce que je crois être un des meilleurs exemples possible de la véritable Big Data. Le chercheur de la Georgetown University Kalev Leetaru et son équipe ont mis sur pied une gigantesque base de données qui sera accessible à quiconque ayant les compétences nécessaires à son utilisation. Il s’agit du Global Database of Events, Language, and Tone (GDELT).

Cette initiative très ambitieuse vise à rassembler le plus de données possibles sur les événements courants de partout dans le monde afin de prédire (et idéalement prévenir) des conflits potentiellement violents, les épidémies et autres crises par des algorithmes prenant en compte une infinité de données provenant de centaines de catégories à ce jour. Le chercheur croit qu’on pourrait ainsi dévoiler des modèles en politique et en économie jusqu’ici cachés.

À ce jour, ce sont plus de 250 millions d’événements qui sont enregistrées dans le GDELT et de 30 000 à 100 000 événements ajoutés automatiquement chaque jour. Pour l’instant, les données proviennent des médias d’information couvrant tout le globe[1] mais comprendra éventuellement toutes données et informations disponibles publiquement (sites web, réseaux sociaux, sondages d’opinion, etc.)

On tente de dévoiler l’existence de tendances et de connexions entre les événements et de les prédire, ce qui se fait en analysant les interactions entre plusieurs variables, révélant des corrélations positives ou négatives (l’influence du taux de chômage sur le nombre d’émeutes, par exemple, ou encore l’effet du nombre de réfugiés ou leur provenance sur l’apparition de certaines maladies). On entend établir puis cartographier les liens entre les événements, les personnes impliquées, les idées qui circulent, le contexte, les raisons de l’événement, les facteurs d’influence et plus encore, des émeutes jusqu’au prix de la nourriture en passant par les discours de leaders, les attentats suicides et les événements financiers. Les événements sont classés en quatre catégories (conflits matériaux, coopération matérielle, conflits verbaux et coopération verbale) divisées ensuite en quelque 300 sous-catégories.

Par exemple, le chercheur Kalev Leetaru prétend que si cette base de données avaient été disponible tôt en 2011, la crise en Égypte de cette année-là aurait pu être prédite. Le ton de la couverture médiatique dans le pays s’est détérioré pour atteindre son plus bas depuis 20 ans, et ce, malgré un PIB qui progressait bien à l’époque (qui est habituellement une bonne mesure de la stabilité sociopolitique d’un pays). Par un autre exemple, un chercheur a pu cerner un certain lien entre l’éclatement de la violence et le prix des narcotiques en Afghanistan parmi d’autres facteurs (assurance toutefois limitée en raison d’un manque de données au niveau sous-étatique du pays).

Cette constellation interactive de noms des personnes ayant été les plus mentionnés dans les médias (et leurs liens mutuels) d'avril à octobre 2013 a été réalisée grâce à la base de données GDELT. Cliquez sur l'image pour la carte interactive.
Cette constellation interactive composée des noms des 25 000 personnes ayant été les plus mentionnées dans les médias (et leurs liens mutuels) d’avril à octobre 2013 a été réalisée grâce à la base de données GDELT. Cliquez sur l’image pour la carte interactive.

Il est encore trop tôt pour évaluer la performance de la Big Data GDELT puisque très peu de chercheurs ont eu l’occasion de l’expérimenter à ce jour (elle a été publicisée il y a moins d’un an) et le système n’est pas simple d’utilisation. Néanmoins, cette initiative est novatrice par rapport à son échelle spatio-temporelle gigantesque. Cette base de données est la première du genre à couvrir tout le globe (d’autres bases existaient déjà mais ne couvraient que des régions particulières). Ce qui marque encore plus une cassure est le fait qu’elle est entièrement libre d’accès à toutes fins académiques, commerciales ou gouvernementales, représentant bien le goût de notre ère pour les logiciels libres et les données ouvertes. C’est ce qui me fait croire qu’un certain humanisme ait motivé cette initiative (bien qu’on puisse s’attendre à ce que la base de données serve éventuellement aussi à des fins moins nobles). Et si l’on considère l’amplitude de données couvrant toutes sortes de sujets en sciences humaines, on peut s’attendre à ce que cette base de données contribue significativement à la connaissance, la science et au progrès. Nous sommes encore loin de pouvoir prédire des événements très précis et locaux, mais cette innovation suggère que nous nous rapprochons d’une époque où absolument tout, tout et tout pourra être converti en données (pour vous en convaincre, lire cet excellent article à propos de la Big Data plus largement).

Pour en savoir plus:

Le site Web officiel de la GDELT: http://www.gdeltproject.org/

Le monde selon la Big Data que représente Twitter: http://ideas.foreignpolicy.com/posts/2013/05/08/mapping_the_world_with_tweets

Le problème de la dépendance aux reportages médias en tant que données: http://themonkeycage.org/2013/07/09/how-computers-can-help-us-track-violent-conflicts-including-right-now-in-syria/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+themonkeycagefeed+%28The+Monkey+Cage%29

Le GDELT à propos de la présente situation en Syrie: http://ideas.foreignpolicy.com/posts/2013/07/09/how_well_does_gdelt_follow_events_in_syria

Le Global Knowledge Graph, l’extension de données plus détaillées et contextuelles du GDELT http://blog.gdeltproject.org/gdelt-global-knowledge-graph/

Autre article sur les recherches de Kalev Leetaru, avant la base de données GDELT: http://www.foreignpolicy.com/articles/2011/09/16/can_a_supercomputer_predict_a_revolution


[1] Cette façon de faire présente évidemment des lacunes, puisque tous les événements importants ne sont pas couverts par les médias qui font toujours des choix (par exemple, un conflit armé de la Syrie sera plausiblement couvert tandis qu’un affrontement dans l’Est du Congo ne le sera probablement pas). Le chercheur est conscient de ce problème et envisage d’intégrer d’autres sources de données en temps réel, par exemple le site Web Ushahidi et le réseau Twitter (bien que cela engendre d’autres problèmes : qualité et exactitude des informations). Les chercheurs pourront toujours compléter leurs analyses par d’autres bases de données.