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Et la capitale nord-américaine des pubs ludiques est…

Seattle est la capitale des pubs ludiques, selon cette analayse.
Seattle est la capitale des pubs ludiques, selon cette analayse.

Seattle!

C’est ce qui ressort d’une analyse de toutes les bars se présentant comme des pubs ludiques dans les 50 plus grandes villes nord-américaines en ayant au moins un. En fait, la tendance dans le top 5 de ces villes est la présence complète de la région du pacifique nord-ouest. Il s’agit de Seattle, Portland (OR) et Vancouver.

Les pubs ludiques sont les bars de jeux vidéo, d’arcades et/ou de jeux de société. Bref, un pub ludique est un bar ouvertement et principalement geek.

Plus précisément, je me suis intéressé à la présente tendance de ces bars de plus en plus nombreux. Comme ici à Montréal avec les ouvertures récentes d’Arcade MTL, du Nexus Smart Bar ainsi que le Foonzo. En anglais, on les appelle les barcades, beercades, barcadiums ou game cafes. Il s’agit de bars qu’on investit pour venir boire un verre et jouer aux arcades, au pinball ou encore de consoles qui sont au centre du concept du bar.

Les vrais pubs ludiques, et non pas quelques machines obscures dans un coin obscur d’un bar obscur

À la différence de nombreux bars qui possèdent par hasard une machine ou deux pour se divertir au cas où des clients s’ennuient (un Big Buck Hunter dans un coin obscur, par exemple), des pubs ludiques placent le jeu vidéo au centre de leur modèle d’affaires (ou en bonne partie). Ce n’est pas qu’ils tirent leurs revenus de ces jeux directement, mais plus que c’est le concept principal (ou presque) de leur établissement.

Les pubs ludiques sont aussi représentés par des adresses comme le Randolph (qui vient tout juste d’ouvrir sa deuxième succursale) et le Colonel Moutarde ici dans le 514. Ceux-ci laissent place aux jeux de société, qu’il s’agisse de Risk, Cards Against Humanity ou de pas mal n’importe quoi entre les deux.

Mise à part qu’elle ne domine pas le portrait, est-ce que Montréal et Québec manifeste tout de même un engouement particulier pour ces pubs ludiques? Ou bien d’autres régions encore se démarquent, en plus du pacifique nord-ouest?

Méthodologie

C’est ce que j’ai tenté de savoir en m’adonnant à un recensement de tous ces bars dans les 50 juridictions municipales nord-américaines les plus populeuses comprenant au moins un tel établissement. Vous trouverez ci-bas la méthodologie détaillée1. Pour l’essentiel, et pour chaque ville, j’ai effectué des requêtes Google et validé les résultats par Yelp, les comptes de réseaux sociaux des adresses et leur propre site web. Chaque fois qu’il était clair que le bar en question existait et qu’il entrait bien dans notre créneau, je l’intégrais dans les données (oui, ça a pris un peu de temps, je vous dirais, mais c’était aussi fascinant qu’enrichissant).

J’exclus les centres d’amusement plus traditionnels, les allées de bowling et les billards (donc pas de Dave & Buster’s). Sont aussi exclus les bars qui possèdent quelques jeux de société ou deux trois machines dans un coin sombre de la place ou qui n’en font pas une place centrale dans leur raison d’être. Idem pour les places qui font simplement des soirées quiz ou des tournois de Super Smash Bros. de temps en temps. Je m’intéresse vraiment ici au concept plus récent du bar à jeu de société ou vidéo à temps plein, des bars qui se présentent avant tout ou presque comme un bar ludique et que les gens fréquentent pour cette activité.

Plusieurs types de pubs ludiques

Parce que je tenais à différencier les concepts de bars de jeu, j’ai codifié ces derniers selon la typologie suivante:

  • Jeux de société
  • Pinball
  • Arcade (pouvant inclure du Pinball)
  • Console
  • Console et Arcade
  • Hybride (jeux de société et l’une ou l’autre ou plusieurs des formes de jeux électroniques ci-haut)

Enfin, j’ai calculé le nombre de ces nobles institutions par 100 000 habitants pour chacune de ces villes, et voici ce que ça donne lorsqu’on rassemble les 6 catégories dans un même tout:

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La côte pacifique nord-ouest joue

Personnellement, je m’attendais à ce que Toronto, Chicago et même Montréal soient au moins quelque part dans le top 10. C’est une autre tendance qu’on observe dans le top 5: le Nord-Ouest Pacific de Portland, Seattle et Vancouver. Une région un peu pluvieuse, réputée pour ses nombreux cafés, sa population moins conformiste, ses paysages enviables, sa culture des micro-brasseries et plus encore.

Pour le reste de ce top 5, la présence de Columbus étonne un peu, mais moins celle de Raleigh (j’y reviendrai plus bas). En sixième position, on retrouve aussi Austin, l’oasis du Texas. Rien d’étonnant à ce que cette ville se distingue nettement des autres villes texanes dans ce palmarès, sa collègue la plus proche étant El Paso à la 27e position.

Si l’on ne s’intéresse qu’aux pubs de jeux de société, on retrouve toujours Seattle, Vancouver et Austin dans les premières positions. Inversement, dans le cas des bars à jeux électroniques (arcades, consoles ou pinball), Seattle est encore dans le top et Portland revient aussi dans le décor.

 

Le pub ludique Shorty's à Seattle, faisant plus dans le pinball.
Cliché pris par moi-même au bar Shorty’s à Seattle, où je me suis retrouvé cet hiver par hasard. Ci-contre est sa salle de Pinball. C’est aussi un bar pas mal grunge et rock dans son esprit (on est à Seattle après tout).

 

Dans tous les cas, Montréal se retrouve quant à elle dans le top 10 et est surpassée par Ottawa, qui a presque le même nombre d’adresses pour une population deux fois moins nombreuse.

Un modèle d’affaires difficile?

Suite à toutes ces recherches sur ce type de bars dans autant de villes, j’y ai constaté plusieurs choses. La plus frappante est qu’il y a beaucoup, beaucoup de mouvement. Je n’ai pas codifié la date de naissance des établissements, mais je vous dirais que la majorité de ceux-ci ont moins de deux ans d’âge. Plus encore, je suis aussi souvent tombé sur des établissements qui avaient fermé dans la dernière année après une année ou deux d’opération. Je m’attends donc à ce qu’un certain nombre de bars dans mon analyse disparaissent d’ici peu aussi.

On sent l’engouement des commerçants et de citoyens entrepreneurs qui ont été nombreux à se lancer dans le produit, parfois habilement, parfois maladroitement. En fait, j’ai pu observer que beaucoup de ces pubs sont nés de campagnes de sociofinancement, elles-mêmes pas nécessairement l’initiative de gens qui étaient réellement commerçants ou entrepreneurs jusqu’ici.

Plusieurs projets ont aussi trébuché dans de vieilles lois obsolètes avec lesquelles les villes étaient prises, mais des ajustements législatifs ont souvent suivi. De ceux ayant rencontré de telles difficultés, il s’est plus agi d’un vilain obstacle qu’un mur. Certains voient cela comme un problème typiquement montréalais, mais plusieurs projets ont rencontré des difficultés législatives ou bureaucratiques ailleurs, comme à Québec, Toronto, Vancouver ou San Francisco. À Oakland, en Californie, on a légalisé le Pinball en… 2014 (Montréal l’a fait dans les années 1970).

Chicago exporte

La raison pour laquelle je m’attendais plus haut à ce que Chicago soit dans le top du nombre de pubs ludiques par habitant est que, d’une part, on en trouve beaucoup (9 bars de jeux vidéo et 4 de jeux de société – dont deux chevauchements). D’autre part, des établissements de cette ville semblent avoir trouver le meilleur modèle d’affaires. Headquarters Beercade a deux emplacements à Chicago et un autre ouvrira à Nashville éventuellement. Emporium a trois succursales dans le Chicago métropolitain et est en train d’en construire une nouvelle à San Francisco. Enfin, FTW Chicago aura une soeur à Denver à l’automne prochain. De mon analyse je n’ai pas vraiment observé d’autres chaînes en expansion mises à part la texanne Kung Fu Saloon, la californienne Coin-Op et l’originale et new-yorkaise Barcade.

L’original barcade de Raleigh

La chaîne Barcade se targue d’avoir été le trend-setter du bar de ce type par sa naissance en 2004, mais le concept et le terme auraient été véritablement utilisés pour la première fois à Raleigh en 1999 avec Kings Barcade, qui a existé sous cette forme jusqu’en 2007. Kings Barcade a ressuscité ailleurs en 2010 mais sans sa vocation Barcade, même si le nom est maintenu (sans doute pour retrouver sa clientèle). Malgré tout, les gens derrière Kings Barcade, tout comme ceux de The Baxter Barcade plus tôt, ont pris une poursuite au genou l’hiver dernier pour leur utilisation du terme “barcade”, qui appartient depuis 2008 à Barcade de NY. Il semble du moins que l’esprit du barcade persiste à Raleigh, la ville étant à ce jour le lieu de trois pubs de ce genre, ce qui est relativement grand par rapport à son nombre d’habitants (et la région aussi?).

Coups de coeur personnels

J’ai observé beaucoup de cas au fil de cette recherche, mais des coups de cœur me sont restés. Emporium semble être un bar particulièrement chouette, notamment parce que beaucoup de concours de jeux et d’événements complémentaires sont organisés sur place, les clients peuvent facilement observer une partie sur écrans géants et il y a de la console de jeu aussi, soient la véritable plateforme que les présents 18-34 ans ont connu à l’enfance et dans leur salon, ce qui permet aussi le jeu à plus de deux personnes.

EXP Restaurant + Bar à Vancouver semble aussi offrir cette formule, de même que Reset Interactive Ultralounge à Winnipeg, si jamais vous vous retrouvez là.

Tous ces aspects font de ce type de lieu un pub ludique plus social, isolant moins chacun devant un petit écran d’arcades. Et on va se le dire, des tournois de Mario Kart ou de Super Smash Bros., il n’y a vraiment rien de plus gagnant, surtout avec quelques verres et sur un grand écran qui divertit plus que les quatre personnes en jeu.

C’est aussi pour cela que je tenais à différencier les bars de jeu vidéo entre eux: ceux offrant du jeu de console et ceux offrant des arcades. Mon impression est que ceux insistant plus sur les premiers génèrent plus d’intérêt et d’engagement de la part de la clientèle et sont plus actifs dans la tenue d’événements. Et qu’ils vont vivre plus vieux, donc.

Et, enfin, une mention spéciale qui est absente des données plus haut: le Offworld Arcade à Detroit. Initiative très DIY, il s’agissait à l’origine de jeunes joueurs qui ont décidé d’investir une école abandonnée pour la tenue mensuelle d’une soirée de jeux d’arcades, vraiment dans les couloirs et locaux d’une école abandonnée, avec ajout de musique électronique ambiante et formule BYOB. L’événement est depuis plus itinérant puisqu’il se tient maintenant dans différents bars.

Notes   [ + ]

Les zombies préfèrent le 450, Rouyn, Alma et Sept-Îles

Je commençais la lecture de ce livre dernièrement et dès les premières pages l’auteur nous présente des constats culturels plutôt intrigants au sujet des zombies. Peut-être l’aviez-vous un peu senti vous-mêmes : les cadavres réanimés sans conscience et friands de nous tous ont bizarrement gagné en popularité depuis la fin de la guerre froide, le 11 septembre et plus encore depuis la Grande récession de 2008. L’auteur présente des données de Wikipédia, d’Amazon, de Google et de Lexis-Nexis sans équivoque : on note une augmentation récente et prononcée du nombre de films, de livres, de mentions médiatiques, de saisie du terme sur le web de même que de publications scientifiques sur les zombies. À titre d’illustration, voici l’évolution de la popularité du terme dans Google Trends depuis 2004, au Québec comme ailleurs.

Remarquez aussi que la popularité a tendance à battre son plein en octobre, probablement parce que les gens cherchent de l’inspiration pour leurs costumes d’Halloween (simple hypothèse à ce stade-ci). J’ai refait le même exercice auprès des médias d’information du Canada français afin de comparer leur propre intérêt pour les zombies avec celui des internautes.

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Manifestement, les zombies suscitent bel et bien un engouement étrange auprès de la population depuis quelques années. Les données régionales de Google Trends suggèrent que certaines populations s’y intéressent bien plus que d’autres. Au Québec, par exemple, la carte interactive ci-dessous démontre de manière plus ou moins surprenante que les zombies ont la cote auprès plusieurs municipalités du 450, de même que… Rouyn-Noranda, Alma et Sept-Îles. Pas Montréal, ni Laval, ni Québec, ni Trois-Rivières ou Sherbrooke. Notez que ne sont affichées que les 15 municipalités les plus friandes des zombies (Google Trends ne permet pas encore d’obtenir plus de 15 résultats régionaux).

Les mêmes données régionales pour le reste de l’Amérique du Nord vont un peu dans le même sens. Les zombies sont un peu une affaire de la banlieue et de métropoles de taille moyenne, à quelques exceptions près (Los Angeles, notamment). La gradation colorée des scores ci-dessous se lit ainsi: vert, jaune, rouge, mauve, bleu. Notez une fois de plus que les résultats ne vont pas au-delà des 15 villes les plus intéressées par les zombies, et ce, pour chacun des deux pays.

Enfin, pourquoi les internautes s’intéressent-ils aux zombies? Pour en savoir plus sur ces derniers en tant que tels? Pour connaître des titres de jeux ou de films en contenant? Pour trouver de l’inspiration pour un costume? Les recherches les plus souvent associées au mot-clé en question suggèrent un peu tout ça, mais l’intérêt particulier pour les Call of Duty (pour son mode zombie) et Plants vs. Zombies de ce monde est évident.

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Dans le titre de cet article, je suggérais que les zombies s’entendraient mieux avec le 450, Rouyn-Noranda, Alma et Sept-Îles. J’adorerais toutefois être en mesure de connaître la nature de cet intérêt pour les zombies de la part de ces collectivités. Peut-être ces dernières les accueilleraient-elles à bras ouverts. Peut-être aussi que les résidents de ces localités s’ennuient cruellement et rêvent d’en croiser pour se défouler sur eux. C’est vraiment plausible. Pour avoir été un banlieusard le plus clair de ma vie, je dois avouer qu’à plusieurs moments, ça aurait vraiment occupé mes temps libres.

Et vous, vous les consommez de quelle manière, vos zombies?

Les neuro-jeux vidéo

Vous avez déjà entendu cette cassette : un jeune homme visiblement perturbé fusille un peu gratuitement un lieu public bondé d’innocents de tous les jours. Des folliculaires (aux États-Unis, la plupart du temps) pointent du doigt la violence des jeux vidéo, parce que le tireur aurait joué à un moment de sa vie à Call of Duty ou un autre titre similaire.

Puis le débat s’élargit, duquel sortent des impressions voulant que les jeux vidéo soient mauvais par nature et trop violents pour la naïveté des êtres humains. Il faut les contrôler, voire les bannir.

Mais comme nous sommes maintenant en 2014, on saisit de mieux en mieux les bienfaits leur étant associés. En fait, ils ont à l’origine été développés entre autres par l’armée américaine pour des fins de simulation, mais possiblement aussi pour exercer les réflexes et la dextérité de ses soldats. Bien sûr, tout est question de dosage et tous les jeux peuvent différer l’un de l’autre aux plans de leurs bénéfices ou côtés pervers.

Et s’ils pouvaient offrir des bienfaits neurologiques ou thérapeutiques? C’est du moins un potentiel que tentent de développer et exploiter des chercheurs en médecine de l’Université de Californie à San Fransisco.

Les chercheurs s’intéressent aux caractéristiques des jeux vidéo qui nous rendent tous accros, voire cinglés, comme Flappy Bird et Candy Crush en vue de proposer des formules de jeux desquels les joueurs en tireraient des bienfaits. C’est en observant l’activité du cerveau en train de jouer avec des scanners que les chercheurs étudient la chose. Ils sont en mesure de détecter les zones cérébrales plus faibles selon la situation de jeu pour éventuellement proposer des jeux qui les exerceraient davantage.

Ces derniers suggèrent que l’on pourrait très bien prescrire d’ici quelques années à peine des jeux vidéo précis pour des cas de dépression ou de trouble de l’attention avec hyperactivité. Ou simplement pour améliorer notre mémoire, nos capacités cognitives et les connexions de notre cerveau.

Qu’un dosage modéré de jeux vidéo développe des aptitudes particulières ou présente d’autres bienfaits en général n’était pas un secret jusqu’ici parmi les experts. Par exemple, on sait depuis quelques années que les amateurs de jeux de tirs à la première personne ont des réflexes et une dextérité plus aiguisée, une meilleure attention visuelle et une précision bonifiée.

La différence est que ces jeux commerciaux n’ont pas été conçus en ayant cela en tête. C’est là la valeur disruptive des recherches de nos chercheurs de San Fransisco : designer neurologiquement des jeux de sorte à ce qu’ils puissent être thérapeutiques ou comportent des bienfaits cognitifs. En d’autres mots, on recommanderait un jeu en fonction de ses besoins neurologiques ou mentaux. Si on pousse à l’extrême, on les trouverait peut-être dans des pharmacies, mais il serait du moins bien possible qu’on en retrouve dans les hôpitaux.

Pour ma part, j’ai vraiment très hâte d’observer la réaction des gens lorsque cette idée atteindra la masse. Des docteurs ou pharmaciens qui recommandent un jeu en particulier pour aider un patient, j’ai l’impression qu’énormément de gens trouveront cela absurde. On trouverait ensuite ces experts de la santé peu crédibles par la suite. Il faudra simplement faire comprendre à plusieurs qu’une dose très raisonnable de ces jeux, même si on n’est pas atteint de quoi que ce soit, n’est pas mauvaise en soi et permet même à ses amateurs de développer des aptitudes que d’autres ne trouveront pas dans les livres ou le cinéma.

L’article:

http://bits.blogs.nytimes.com/2014/02/16/disruptions-using-addictive-games-to-build-better-brains/?ref=technology

Plus généralement sur les bienfaits des jeux vidéo (je suis du genre à toujours demeurer critique sur ces images informatives qui sont massivement partagées sans vérification sur les réseaux sociaux, mais dans ce cas-ci ce sont des informations que j’avais déjà retrouvées ailleurs au sein de sources plus officielles):

Videogames... and their advantages.  Via 9Gag.